02 septembre 2007
Le dernier coup de cymbale
Je parlais dernièrement ici des batteurs de jazz,
et disais tout le bien que je pensais de Max Roach.
Et j'ai appris cet été, par Libé, la nouvelle de sa mort,
le 16 Aout dernier, à 83 ans.
Le voici, bien vivant, dans ses pompes et dans ses oeuvres,
dans un petit condensé de son style,
fait de superpositions de rhytmes différents.
Il a débuté en jouant un peu avec Basie, Duke Ellington ou Louis Jordan.
Mais son "vrai" style découle de celui de Kenny Clark,
l'inventeur de la batterie Be-Bop.
Il va inventer sa personnalité musicale propre
en faisant ses armes d'artificier, au mileu des années 40,
avec les jeunes loups affamés du bop,
Parker, Gillespie, Monk, Powell, Miles...
En 1954, il codirige avec le trompettiste prodige Clifford Brown,
un superbe quintet,
une machine puissante et mirifique,
un bolide de course rutilant,
avec Harold Land, puis Sonny Rollins (ts)
Richie Powell, le frère de Bud, (p),
et George Morrow (b).
Mais la belle machine fini en carambolage,
lorsque deux ans plus tard, en 1956,
Richie Powell et Clifford Brown se tuent dans un accident de voiture...
Roach va mettre beaucoup de temps à s'en remettre,
mais va continuer à diriger des équipes de chercheurs de haut niveau,
avec, en autre Kenny Dorham ou Booker Little ("Max Roach + 4" 1956)...
et à croiser le fer avec les boppeur ou hard bopper,
avec Rollins, toujours, pour l'époustouflante "Freedom Suite" (1958),
avec Monk dans l'énigmatique "Brilliant Corners" (1956),
ou encore avec Duke Ellington et Charles Mingus,
pour un coup de maître,
le rocambolesque "Money Jungle" (1962).
À la fin des annèes 50,
commence à émerger la revendication politique des noirs,
la lutte pour les droits civiques,
avec Luther King et Malcolm X.
Max Roach en est.
il sera l'un des jazzmen les plus impliqué dans ce combat.
En témoigne son "We insist, Freedom now suite"(1960),
disque-manifeste enragé,
porté par la voix portée jusqu'au cri,
de la chanteuse Abbey Lincoln, alors son épouse.
Dans les années 60, il ne va pas, comme beaucoup,
camper sur ses positions bop,
mais tout en restant fidèle à son style,
va frotter aux allumés du Free Jazz,
Archie Shepp, Anthony Braxton, Cecil Taylor...
eux aussi impliqué très dans la lutte des noirs.
Les années 80 sont des années moins convaincantes,
avec des projets pas toujours convaincants,
des projets avec quatuors à cordes, choeurs...
Du moins il ne s'est pas contenté,
comme beaucoup de vieux boppers,
de rejouer ce qu'il jouait dans les années 40, 50.
Reste son style, son son,
extrèmement tonique et très maitrisé,
toujours net et précis, sans retouche,
brut de décoffrage.
Commentaires
Parfait résumé...
Et donc rien à ajouter...
Mis à part 3 disques magnifiques
en quintet (mentionné par François) chez Mercury, avec Kenny Dorham, Rollins, Billy Wallace et GEORGE Morrow "Jazz in 3/4 Time" (soit un disque de valses), en 57 (dur à dénicher je crois...)
Un très beau disque chez Impulse avec plein de percus (avec le grand Art Davis à la basse) et Dolphy au sax. "Percussion Bitter Sweet", enregistré en 1961.
Enfin, une expérience trés particulières, avec choeur, et Art Davis toujours (entre autres) et un morceau remaraquable chanté par la rocailleuse Abbey Lincoln "It's Time"...
Paix à toi, Big Max !
Le grand frisson
Abbey Lincoln, une voix "rocailleuse"...
Mmmh...
c'est un peu court.
Elle a une des voix les plus passionnantes,
les plus riches,
les plus puissamment émotionnelle qui soit.
Moi cette voix me renverse!
Et tout spécialement dans "We insist : freedom now suite" :
son cri dans "Protest",
est, pour moi, à la limite du supportable.
Ffffffffffou!
le grand frisson!
Mais j'ai dans l'idée de revenir spécialement sur elle d'ici peu...
"Percussion Bitter Sweet", oui c'est énorme!
"Jazz in 3/4 Time", ça je ne connais pas,
ni "57", d'ailleurs...
Ignare que je suis...
Heu 57
c'est l'année d'enregistrement, Doudou...
Mais Jazz in 3/4 time, c'est un disque qui est pâssé à l'as de l'histoire du jazz...
Que je connaisse ce disque est un pur hasard, une flanerie chez un revendeur de disques vinyles...
Pour Abbey, ce serait en effet trop long de développer...
Ah?
Ah bah bon, OK...
ça me semblait être un drôle de tite, aussi...
Pour Abbey, je vais essayer de dévelloper un peu, en effet...
ouaouh!!!!
c'est impressionnant comme tu y connais un rayon,
T'ES INCOLLABLE!
tu devrais tenir une chronique quotidienne sur une chaîne de radio, tiens!
Retour aux crayons
Ah ben, tiens, bonne idée!
ça arrondirait les fin de mois...
mais il y a déjà un gars sur France Musique,
Alain Gerber,
qui est tout sauf un nul...
bon, ben, je retourne à mes crayons...
Tristes temps sur le jazz
Zawinul vient de rejoindre Max Roach.
Je n'ai jamais été un grand fan de Weather Report. En revanche, ses collaborations avec Cannonball Adderley davantage...
In a silent way
Oui,
comme toi j'aime mieux Zawinul au piano qu'aux "claviers" et autres synthés...
Cependant c'est à lui qu'on doit aussi la mirifique composition "In a silent way",
l'un de les morceaux préféré,
interprété par Miles Davis, non?
Exact...
Tout à fait François...
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