Je parlais dernièrement ici des batteurs de jazz,
et disais tout le bien que je pensais de Max Roach.

Et j'ai appris cet été, par Libé, la nouvelle de sa mort,
le 16 Aout dernier, à 83 ans.

Le voici, bien vivant, dans ses pompes et dans ses oeuvres,
dans un petit condensé de son style,
fait de superpositions de rhytmes différents.

Il a débuté en jouant un peu avec Basie, Duke Ellington ou Louis Jordan.

Mais son "vrai" style découle de celui de Kenny Clark,
l'inventeur de la batterie Be-Bop.
Il va inventer sa personnalité musicale propre
en faisant ses armes d'artificier, au mileu des années 40,
avec les jeunes loups affamés du bop,
Parker, Gillespie, Monk, Powell, Miles...

En 1954, il codirige avec le trompettiste prodige Clifford Brown,
un superbe quintet,
une machine puissante et mirifique,
un bolide de course rutilant,
avec Harold Land, puis Sonny Rollins (ts)
Richie Powell, le frère de Bud, (p),
et George Morrow (b).
Mais la belle machine fini en carambolage,
lorsque deux ans plus tard, en 1956,
Richie Powell et Clifford Brown se tuent dans un accident de voiture...

Roach va mettre beaucoup de temps à s'en remettre,
mais va continuer à diriger des équipes de chercheurs de haut niveau,
avec, en autre Kenny Dorham ou Booker Little ("Max Roach + 4" 1956)...
et à croiser le fer avec les boppeur ou hard bopper,
avec Rollins, toujours, pour l'époustouflante "Freedom Suite" (1958),
avec Monk dans l'énigmatique "Brilliant Corners" (1956),
ou encore avec Duke Ellington et Charles Mingus,
pour un coup de maître,
le rocambolesque "Money Jungle" (1962).

À la fin des annèes 50,
commence à émerger la revendication politique des noirs,
la lutte pour les droits civiques,
avec Luther King et Malcolm X.
Max Roach en est.
il sera l'un des jazzmen les plus impliqué dans ce combat.

En témoigne son "We insist, Freedom now suite"(1960),
disque-manifeste enragé,
porté par la voix portée jusqu'au cri,
de la chanteuse Abbey Lincoln, alors son épouse.

Dans les années 60, il ne va pas, comme beaucoup,
camper sur ses positions bop,
mais tout en restant fidèle à son style,
va frotter aux allumés du Free Jazz,
Archie Shepp, Anthony Braxton, Cecil Taylor...
eux aussi impliqué très dans la lutte des noirs.

Les années 80 sont des années moins convaincantes,
avec des projets pas toujours convaincants,
des projets avec quatuors à cordes, choeurs...
Du moins il ne s'est pas contenté,
comme beaucoup de vieux boppers,
de rejouer ce qu'il jouait dans les années 40, 50.

Reste son style, son son,
extrèmement tonique et très maitrisé,
toujours net et précis, sans retouche,
brut de décoffrage.