Haruki Murakami :
« Chroniques de l’oiseau à ressort »
traduit par Corinne Atlan et Karine Chesneau
Point Seuil, 2001, 850 pages

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Un trentenaire tokyoïte, Toru Okada,
choisi de faire un pas de côté.
Il choisit le chômage, renonce à son travail sans intérêt dans un cabinet d’avocats,
pour réfléchir et se donner le temps de trouver la voie qui lui correspond le mieux.
Son épouse, Kumiko, n’y voit pas d’inconvénient.

Mais à partir de ce moment-là,
son quotidien se voile d’un soupçon d’étrangeté,
d’inquiétante étrangeté.
Une femme inconnue l’appel au téléphone pour lui parler de sexe.
Son chat disparaît.
Une cravate disparaît.
Un étrange oiseau,
dans son jardin chante (« Ki, kii, kiii.. »),
comme s’il remontait « les ressorts de (leur) petit monde paisible ».
Un militaire à la retraite lui apporte un boîte vide,
et évoque ses hallucinants et effrayants souvenirs de guerre russo-japonaise en Mandchourie.
Une voyante le contacte à propos de son chat.

Et enfin sa femme disparaît.

L’a-t-elle réellement quitté pour un autre,
comme elle le lui écrit plus tard,
ou est-elle retenue, d’une façon ou d’une autre,
par son propre frère, Naboru Wataya,
politicien diablement influent et omniprésent ?

On peut penser au départ que le léger état hallucinatoire de Toru,
cette « impression que la réalité change légèrement de direction comme un paquebot dérivant lentement »,
provient de son oisiveté, de l’isolement, du manque de contact avec le réel,
ou encore de sa rupture sentimentale.

Mais finalement c’est une traversée du miroir qui commence,
une longue quête initiatique,
un long cheminement,
un combat pour affronter son « angle mort » dans sa pensée.
Toru, mi Orphée mi Papageno,
va tenter d’arracher Kumiko à « l’autre côté »,
en descendant méditer au fond d’un puit à sec,
armé d’une batte de base-ball,
pour se confronter avec lui-même.

L’écriture de Murakami, dans ce livre,
évoque un peu David Lynch,
et aussi Wong Kar Waï,
dans cette description très précise d’un monde irréel,
fantasmatique,
dans cette façon de jeter le trouble sur la réalité.

La phrase de Shakespeare,
« nous sommes tissé de l’étoffe dont on fait les rêves »,
me semble indiquer,
un peu, ce qu’est ce livre magnifique.