28 décembre 2007
Oscar Peterson, mort d'un aimable géant du jazz
Un aimable géant du jazz, Oscar Peterson, a cessé d’enchanter le monde le 23 décembre dernier.
Le voici à l’œuvre dans un « Salute to back »,
tel que joué le 2 Juillet 1985 à Berlin,
épaulé par Niels Henning Oersted Pedersen (généralement abrégé en NHOP) à la basse,
et Martin Drew à la batterie.
Peterson était une sorte de bon géant,
non seulement par la taille et par l’embonpoint,
non seulement à cause de sa bonhomie débordante,
mais aussi par sa discographie surabondante,
la foule de concerts qu’il a donné au quatre coins du monde,
et l’interminable liste de jazzmen petits et immenses qu’il a accompagnés un jour ou l’autre.
Peterson est né le 15 août 1925 à Montréal,
dans une famille caribéenne, originaire des Iles Vierges.
Dès 6 ans il étudie le piano classique,
mais les pianistes de jazz le fascine,
particulièrement Teddy Wilson, Nat King Cole, James P. Johnson,
mais surtout Art Tatum qu’il vénère.
C’est au milieu des années 40 que sa carrière débute vraiment.
Sa virtuosité épustouflante et ses talents de sideman ( d’accompagnateur ) ne tardent pas à le faire remarquer.
Entre autre par Norman Granz, créateur du label Verve et des tournées « Jazz at the Philarmonic »,
ce qui l’amène a accompagner un peu tout les jazzmen de l’époque :
Billie Holliday, Sarah Vaughan, Charlie Parker, Stan Getz, Lester Young, Roy Elridge, d’Ella Fitzgerald, Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Milt Jackson, et tant d’autres…
Oscar Peterson, c’est le type à l’aise dans tous les contextes ou presque,
pouvant jouer bop ou stride, capable de dialoguer avec tous les style.
Dans cet exercice, il fait toujours preuve de brillant technicien,
développant un son impeccable pour un jazz mélodieux et inventif et toujours puissamment swingant.
Mais…
Mais, à mon goût, Peterson perd en originalité et en créativité, ce qu’il gagne en efficacité et en brio et en charme.
Car il n’a pas créer de style (ou alors il faut que l’on me détrompe),
mais son style est un agrégat de multiples autres styles,
et n’a pas, à mon sens, une identité forte.
C’est cependant un style toujours agréable et chaleureux,
mais dans lesquels on trouve pas mal de clichés, de formules, et d 'effets de manche.
Dans sa nécrologie publiée dans « Libération », Didier Pourquery cite Lalo Schiffrin,
qui inscrit très justement Peterson dans la tradition du « virtuose du piano improvisateur comme Chopin, tradition du jeu de bravoure qui a débuté avec Beethoven et atteint son apothéose avec Franz Liszt » .
Mais c’est un style – si c’en est un – qui a séduit de nombreux auditeurs au dehors du monde du jazz, un peu à la façon de Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Django Reinhart, Errol Garner, ou Michel Petrucciani.
21 décembre 2007
Un coup de main
Auriez vous deux minutes, vous qui passez par ici, pour aider un ami?
Cet ami, Stephan Laplanche, - avec qui j'ai usé mes fonds de culotte sur les bancs de l'Ecole des Arts Décoratifs - est peintre, et s'est inscrit à un concours en ligne.
L'idée est que l'oeuvre qu'il présente (et que voici ci dessous) remportera le concours si elle est le mieux noté par les internautes.
En cliquant sur ce lien :
http://www.saatchi-gallery.co.uk/showdown/index.php?showpic=104340
vous arrivez directement sur son image,
vous cliquez, par exemple sur la dixième étoile,
et cela fait monter sa moyenne.
Dire qu'il a toujours pester contre le système scolaire!
Cela dit il le mérite bien, car avec toute l'objectivité dont je suis capable,
je trouve que cette image est de loin l'une des plus intéressantes de celles qui sont proposée!
D'avance merci.
Pour aller plus loin, vous pouvez aussi aller voir son site
http://stephanlaplanche.free.fr
qui est d'ailleurs dans mes favoris à "l'ami peintre".
(désolé! les liens ne marchent pas il faut copier-coller l'adresse dans la barre d'adresse...)
14 décembre 2007
devoir de philo...
"Je est un autre"
Arthur Rimbaud
Je est-il un autre ?
Ce qui semble à priori le plus évident, c’est que « je » est « je », et pas un autre, que l’on est soi et pas un autre.
C’est ce qui constitue notre identité.
On né garçon ou fille, on reçoit un nom et un prénom, par lequel les autres nous appellent.
On a une date et un lieu de naissance, un numéro de sécurité sociale, un groupe sanguin, une adresse etc…
Freud, puis Dolto nous ont appris que, nourrisson, on a dû comprendre qu’il y avait soi et le monde, parce que n’étant plus alimenté en permanence par le cordon ombilical, il nous a fallu attendre le sein de la mère, et ainsi admettre que l’on dépend des soins d’un autre.
Ainsi s’est faite la séparation de « soi » et de « l’autre ».
Ensuite, bébé, on a appris à connaître et à délimiter notre propre corps.
Petit à petit on a appris notre langue maternelle, qui nous impose d’utiliser le « je » pour nous désigner, et d’utiliser le « il » ou le « vous » pour désigner les autres, le « tu » pour parler à l’autre, le « moi » pour parler de soi.
Enfin on nous montre des photos, qui nous représentent à un âge dont on ne garde plus de souvenirs, à 2 ou 3 mois, ou à 2 ou 3 ans.
Il y a toujours une drôle de sensation de regarder ces photos, et de se dire que celui qui est là est soi, alors qu'il n'a pas le même corps, (il a grandit, changé, et toutes les cellules du corps se renouvellent tous les (...?) ans), pas les mêmes pensée, les mêmes émotions, que l'on n'a presque plus de souvenirs de cette époque-là, et que, pourtant, force est de constater que cette "autre", c'est soi, que ce que l'on a vécu en étant cet "autre"(foetus, nourrisson, bébé...) a nourri notre façon de réagir, de penser, de ressentir, notre inconscient, bref notre être.
Ces photos et nos souvenirs attestent de la permanence, dans le temps, de notre identité, au travers et malgré les changements
(pour Hume, l’ « identité du moi » se fonde sur la mémoire).
En grandissant on apprend que l’ « autre » est aussi un « autrui » (alter huic en latin : « cet autre-ci »), mais pas un "alter-ego", c’est-à-dire un autre dans lequel on se reconnaît, non pas une autre chose, mais un autre individu humain, qui pense comme soi, qui ressent comme soi. Un autre qui est aussi un « je » pour lui-même...
Aussi, on ne doute pas, en général, que l’on est un individu (in-dividu, c'est à dire un-divisible), unique, avec sa personnalité et ce qui la constitue : ses goûts et ses dégoûts, ses tics, ses manies ses habitudes, ses défauts, ses doutes, et ses désirs.
On ne doute pas que l’on est autonome, que l’on fait ses propres choix, en fonction de ses propres désirs et de ses propres intérêts...
On pense que si l’on se ne connaît pas déjà, on peut du moins suivre le conseil de Socrate, et entreprendre de « se connaître soi-même ».
On sait ou l’on devine que notre identité résulte d’un mixage entre notre histoire, notre généalogie, notre évolution, la (ou les) culture (s) du (ou des) pays où l’on vit (où l’on a vécu) d’une part, et d’autre part ce petit quelque chose qui fait que l’on est unique et différent des autres.
Car on a fait le constat qu’autrui ne pense pas comme soi, ne réagit pas comme soi, ne se comporte pas comme soi, ne désir pas les mêmes choses que soi.
Pourtant, on fait parfois l’expérience que l’identité n’est pas aussi unie, aussi homogène qu’on le pensait.
Dans le bouddhisme, on dit que le "moi", "l'ego" est une illusion, que la personnalité, l'individualité est un mensonge qu'on se raconte à soi et les uns aux autres, que notre concentration sur le fait de tourner autour de nos supposés défauts, nos supposées qualités, nos supposés bonheurs ou malheurs, etc... nous empêche de voir la réalité, d'atteindre le nirvana, et ainsi échapper au cycle des renaissances.
Dans la compassion, dans la sympathie, (deux mots qui, étymologiquement, signifient la même chose) on souffre avec l’autre, ou plutôt avec autrui, on ressent à telle point sa souffrance qu’il nous semble la ressentir autant que lui.
Lors d’un grand événement sportif (coupe du monde 98…) musicale (Woodstock, Rolling Stones, Johnny…) ou encore politique (11 Septembre, 21 Avril 2002…) des foules ont la sensation de communier, de ressentir, ensemble et au même moment, les mêmes joies, les mêmes colères, les mêmes émotions.
Que fait un enfant lorsqu’il joue à Tarzan, à Batman, à Spiderman ?
Il imagine qu’il est un autre et s’oublie lui-même.
Il adopte les attitudes, la voix, etc... d’un personnage qui le fascine.
Le temps du jeu, il devient une autre personnalité, il s’identifie à un personnage fictif, à un autre.
C’est aussi ce que fait, mais avec plus de folie, Don Quichotte, qui a tellement lu de romans de chevalerie qu’il s’identifie aux héros de ces romans et se comportent comme eux.
De façon plus consciente c’est ce que fait l’acteur qui incarne sur scène ou à l’écran un personnage inventé par un autre.
Il feint d’être un autre.
Il prête à ce personnage sa voix, son corps
Plus simplement nous faisons parfois l’expérience de nous identifier le temps d’une lecture à un personnage de roman, le temps d’une projection au héros d’un film, le temps d’une représentation à un personnage de théâtre.
On peut aussi s’identifier à un chanteur ou à un groupe de musique, ou à un courant musical, et adopter le style, les habitudes, le « look » inventer par d’autre.
On modèle alors sa personnalité sur d’autres.
Les chamans pensent que ce sont les esprits des morts qui parlent à travers eux.
Le temps de la transe il devient un autre, un esprit.
Les grecs anciens pensaient eux qu’un dieu, Apollon ou Dionysos s’exprimait par la bouche du poète
(cf. « Ion » de Platon), que poète était habité par ces dieux, et qu’ils parlaient par sa bouche.
L’occident en a gardé l’idée que l’artiste est insipré, que quelque chose de plus grand que lui s’exprime à travers lui.
Il arrive, en effet, que l’artiste soit surpris par ce qu’il produit.
Que la création dépasse son créateur.
L’artiste, alors découvre des signes, des idées, des sons, qu’il ne savait pas avoir en lui.
Ainsi le saxophoniste jazz qui se lance dans son improvisation sort de lui-même des idées musicales qu’il ne connaissait pas l’instant d’avant.
En art, on peut ainsi découvrir de l’autre en soi.
C’est sans doute l’une des explications possible de la célèbre phrase de Rimbaud : « je est un autre ».
Cela signifie que l’on n’a pas une conscience complète de notre identité, qu’une grande partie de celle-ci nous reste obscure, cachée.
Cette part cachée, la psychanalyse l’appelle « inconscient ».
Stevenson a inventé dans « Dr Jekyll et Mr Hyde » un personnage, Dr Jekyll, coupé en deux, habité par un « autre », qui représente sa part obscure, Mr Hyde (« hide » : « caché » en anglais), son double violent et assassin.
...
04 décembre 2007
Ella est là :
Une pause récréative...
Voici Ella Fitzgerald s'amusant autour de la composition "One note Samba",
en juin 1969 dans un pays que j'ignore,
accompagnée par Tommy Flanagan au piano,
Ed Thigpen aux tambours et Frank de la Rosa à la contrebasse.
C'est un scat - chant improvisé avec anomatopées - loufoque,
du trapèze volant pour grosse dame,
de la haute voltige pour une gamine de 50 ans (elle est née en 1918),
un vent de folie douce,
plein d' humour surréaliste et déjanté.
Ceci pourrait aussi être de la musique contemporaine,
- la chanteuse Cathy Berberian à fait ce genre de choses -
mais ici c'est drôle, joyeux et euphorisant.
Un Tex Avery musical, l'enfance recommencée à volonté.
"Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer" dit Nietzsche.
Ella, elle, ne cache rien...
Quand je dis que le jazz fait jubiler le blues!


