04 février 2008
Mojo hand

Le texte récent de télétubs sur le blues,
http://extra-ball.blogspot.com/2008/01/blues-march.html
m'a donné envie de reparler d'un livre sur le blues que j'avais tant aimé
( j'en avais parlé sur le défunt forum Télérama).
"Mojo Hand" est l'unique roman de Jane Phillips,
écrivaine afro-américaine,
écrit en 1964, à l'âge de 20 ans, en prison...
ce qui est à peine croyable tant la maîtrise du style et du récit est éblouissant.
A présent Phillips dirige une revue ethno-littéraire.
C'est l'histoire quasi autobiographique
- JJ Phillips fut la compagne du bluesman Lightnin' Hopkins -
d'Eunice, une jeune femme "presque blanche",
saisie et comme envoûtée par la voix de Blacksnake,
un vieux chanteur et guitariste de blues.
Car Blacksnake est comme un Orphée noir,
oérant une étrange magie par le chant.
C'est ce que connote le terme de "mojo",
mot probablement d'origine africaine,
qui désigne, dans l'argot noir américain,
un sort, un charme, un grigri,
parfois filtre d'amour, mais parfois maléfice,
mais qui désigne parfois aussi la drogue, ou le sexe...
Eunice, attirée par la voix et les blues de Blacksnake,
qu'elle n'a entendue que sur disque,
quitte San Fransico et le confort de sa famille bourgeoise,
pour partir à sa recherche.
Elle débarquer ainsi à Raleigh,
un bled paumé et pourri , en pleine déréliction, du Sud des Etats-Unis.
Elle devient l'amante de Blacksnake, et partage sa vie,
ainsi que celle du peuple noir,
auquel elle n'appartient qu'à moitié,
faite de déglingue sociale,
de désespérance poisseuse,
d'alcoolisme et de violence.
Une vie lamentable dont on s’évade la nuit
en se soûlant de blues.
Un superbe travail sur la langue,
servi par une très belle traduction,
où la poésie frustre du blues
se confond avec les pensées des personnages.

"Mojo hands" de Jane Phillips
traduit et postfacé par Pierre Furlan,
L'aube Poche 230p.
En guise d'illustration musicale,
le célèbre "Got My Mojo Workin'" de Muddy Waters,
cité en tête du livre :
Commentaires
Lightnin' Roudot
Super dessin ! Je verrais bien une version de Babar dans ce style poilu et sévère. A quand une antologie du jazz avec des portraits Roudot Hand ?
à bientôt !
Comme toujours c'est très bien écrit et donne envie d'être lu même par une non amatrice du genre !
Le morceau est aussi très "swinguant" pour un début de matinée !
Oui, ce livre - comme tu en parles - va finir sous mes yeux, c'est certain.
Lightnin' Hopkins est aussi un musicien à transe. Le sublime Stormy Monday est un de mes titres de chevet depuis longtemps...
Tu as bien raison de parler de "poésie frustre" du blues. C'est exactement cela. mais ça dépend de l'implication de l'interprète quand même... Parfois, de simples mots ont l'air de générer tant de vécu, un peu comme lorsque Billie chante un standard éperdu d'amour, on a l'impression qu'elle raconte sa propre histoire...
Belle critique, vraiment...
Epurée.
Simple.
De peu de mots...
Ayé, t'es un bluesman Doudou...
Blues brother
>Steph : Babar en "style poilu et sévère", les pauvres ayants-droits, ils feraient une syncope!
c'est pas demain la veille, donc...
Quand à "une antologie du jazz avec des portraits Roudot ", je ne suis pas bien sûr que ça fasse courir les foules...
En tout cas merci pour tes éloges!
>Grazie : oh,tu sais, ce livre est un roman "comme un autre", en un sens, nul besoin de s'intéresser au blues au préalable pour le lire. Donc je crois qu'il te plairait!
>Télétubs : oui, le blues est une poésie simple qui charge les mots d'énergie, en les soumettant à la réitération, au ressassement, et grâce à une certaine façon de les scander, de les rythmer... c'est art mystérieux...
Oh, un bluesman, je ne sais pas, mais il y a longtemps que je suis un blues brother!
Voilà j'ai commandé le livre !
Avec ce temps glacial je viens de consacrer mon après midi à la lecture de ce merveilleux roman.
C'est une sacré lecture dont je te remercie.
De celle qui ont plusieurs sens, une allégorie du blues doublée du mythe de Orphée, le tout dans une misère ou vivre est un art sans cesse renouvellé.
Un petit bijou musical qui vous trotte dans la tête un long moment après l'avoir terminé.
De ce fait je n'ai pas été faire mon jogging et je culpabilise d'avoir fini les petits écoliers en lisant avec frénésie, j'hésite a renouveller mes remerciements !
couette
HHaaa!
ça me fait très plaisir ce que tu me dis là, Grazie!
C'est toujours un grand plaisir de faire partager un plaisir de lecture.
Oui, c'est un bijou musicale, tu as tout à fait.
Outre les qualités d'origine du livre,
il me semble que c'est dû à une excellente traduction, qui parviens à respecter le langage populaire argotique, tout en restant littéraire, poétique, riche, et, justement, musical.
C'était une quadrature du cercle que le traducteur, Pierre Furlan, a réussi à résoudre haut la main.
Ne culpabilise pas trop pour les "petits écoliers"!
C'est aussi les plaisir des jours fériés de se laisser glisser dans un livre comme sous une couette douillette!
C'est difficile de dire si la traduction est bonne quand on ne parle pas la langue de l'auteur.
Mais en effet il préserve fort bien l'argot et la poésie du texte.
Quant a mon abus de petits écoliers (les gâteaux bien sur pas les enfants) je ne peux qu'assumer maintenant et courir un peu plus !
petit nègre
Haha!
tu ne croques pas des petits enfants,
j'en suis fort aise!
Il me semble que la langue de J.J. Philips est bien traduite,
parce que je me souviens de roman de Faulkner où,
lorsqu'un noir parle,
on dirait le pirate noir dans Astérix !
Alors ça donne : "not' mait'e il est en col'ère" ou quelque chose comme ça!
C'est ridicule et vraiment, à la lettre, du petit nègre.
Bref une traduction loupée, vieillote.
Il faudrait retraduire Faulkner.
Faulkner re-traduit
Ah, ça, je suis bien d'accord avec toi. "Le Bruit et La Fureur" par exemple, c'est infernal. Si je me souviens bien, tous les romans de Faulkner ne sont pas traduits aussi vulgairement. "Lumière d'Août" par exemple...
En fait, il devrait presque être traduit par les types de chez Rivages. Les traductions qu'ils font pour Ellroy ou pour Burke sont splendides. Chez Gallimard, Faulkner, c'est du catalogue alors, penses-tu, comme s'ils allaient ivestir sur une traduction plus "neuve".
"Lumière d'Aout" est en effet mon Faulkner préféré, je crois,
avec "les Palmiers Sauvage", "Tandis que j'agonise"...
Je ne me souviens pas que dans ces romans la traduction m'avait posé question.
À mon sens, c'est ça une mauvaise traduction,
quand on décroche du livre en se disant :
mais, c'est quoi cette phrase drôlement fichue?
J'avais abandonné la lecture de "l'intrus" pour cette raison,
pour la traduction du langage parlé des noirs en petit nègre,
malgré tout le bien que l'on m'avait dit du livre.
Je l'ai déjà dit,
mais il serait aussi urgent de retraduire "Sur la route" de Kerouac (c'est Gallimard aussi, tu me diras...).
"Invaincu"
Moi, c'est "Invaincu".
Kerouac, j'ai pas aimé du tout. La traduction y est alors peut-être pour quelque chose.
quoi?
"Invaincu" quoi?
C'est un roman de Faulkner que tu trouves mal traduit?
Kerouac j'ai été très fan (sauf de "Sur le route", donc)
mais c'était il y a longtemps,
je crois que ça me farait drôle de relire ça maintenant...
Oui...
Oui, "L'invaincu" plus exactement. C'est un des romans de sa série sur une famille du sud. Terrible traduction...
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