08 février 2008
Ciel de trane (II)
Grazie disait ici il y a quelques jours :
" Et puis peux-tu m'expliquer pourquoi tout le monde se revendique de Coltrane
(que je connais de nom et uniquement parce que Dorham en a parlé)?
Hier s'était Daniel Darcq alors que sa musique n'a rien à voir",
Je voulais te répondre, Grazie.
D'abord il faut l'écouter,
jouant ici "Impressions"
un morceau de sa composition,
avec son célèbre quartet,
Jimmy Garrison à la contrebasse,
Mc Coy Tyner au piano,
et l'ébouriffant monsieur Elvin Jones à la batterie.
J'ai appris l'existence de Coltrane il y a plus de quinze ans,
en découvrant le jazz à peu près tout seul,
en empruntant des disques dans les médiathèques,
sans guide, mais avec quelques impulsions à droite à gauche…
Petit à petit, alors que j'écoutais surtout du rock,
mes goûts se sont orientés vers le jazz.
Et la découverte de John Coltrane a été un sacré jalon, une giffle, une révélation.
J'ai aussi pu remarquer que l'œuvre de Coltrane est très largement, très souvent citée en exemple,
en exergue, en référence,
et ce en dehors même du champs du jazz.
Pourquoi, en effet, lui et pas Thelonious Monk ou Miles Davis, ou Charles Mingus, etc…?
C'est qu'il a poussé très loin une voie expérimentale en jazz,
avec son quartet que l'on voit dans la vidéo,
qui l'a suivi, comme en cordée, de 1960 à 1965.
Puis Trane à jouer avec d'autres (mais pour moi c'est plus pareil…),
jusqu'à sa mort, à quarante ans, en 1967, d'un cancer du foi...
Coltrane est sûrement un de ceux qui a fait passer le jazz de musique aimable pour club à cocktail
- ce qu'elle est toujours pour Boulez que j'entendais récemment à la radio! -
à une authentique expression contemporaine de la musique.
Car, partant du jazz, Coltrane à envoyer promener tous les codes,
toutes les conventions,
et à écrabouiller les conventions du genre,
comme un géant tempétueux,
ou un tourbillon incontrôlable.
À force d'un inlassable travail technique de son instrument,
et grâce à la puissance indomptable du bonhomme,
décuplée par la présence des membres de son quartet,
Coltrane à considérablement élargi le cadre rhytmique, harmonique, technique du jazz.
Comme un explorateur intrépide,
il a repousser sans cesse ses frontières,
faisant du jazz un musique-monde,
en intégrant entre autre la musique africaine ou indienne.
Coltrane étire ses solos, car il tient à tout dire,
tout exprimer des idées musicales qui se pressent en foule dans son esprit.
Au cours de ces longs solos tels des fleuves en crue,
Coltrane le derviche tend à jouer des"sheats of sounds" des "nappes de sons",
transes dionysiaque,
poèmes incantatoires,
emportant tout sur leur passage
poussant la musique jusqu'à la frontière du cri,
tout autant cri de jouissance,
que cri animal,
cri politique (à l'époque de Luther King, Malcolm X, et les black panthesr)
et cri lancé vers Dieu
ou plutôt tous les dieux, en mystique qu'il était
–"I believe in all religions" a-t-il dit –
En contraste, l'homme était timide, poli, discret, effacé,
tourné en dedans de lui-même
toujours studieux et soucieux d'améliorer sa technique.
C'est pourquoi, à mon avis, Coltrane reste une telle référence,
au delà même du jazz,
un synonyme de quête prométhéenne de nouveaux sons,
de défrichage de nouvelles frontières,
de dépassement de toutes les limitations,
et surtout les siennes propres,
pour garder son être toujours ouvert.
Comme le dit Vernon Reid :
"... Cela sautait aux yeux que ce type était dans une lutte intérieure permanente.
Il se battait avec une idée."
Ainsi Jimmy Hendrix était habité par Coltrane,
Et à fait pour la guitare ce que Coltrane à fait pour le sax.
Dans le rap aussi, son débit reste une référence quant au "flow",
etc…
Tu vois mieux, Grazie, peut-être, en quoi Coltrane intéresse Daniel Darc et pourquoi,
mais, comme toi, je trouve que ça n'a pas grand chose à voir...
Commentaires
T'as gagné...héhé.
J'ai écrit mon texte sur papier et faut maintenant que je fasse la sténo, et comme je déménage (enfin, j'empaquète) je n'ai pas eu trop le temps mais nos visions sont très similaires. Surtout sur la quête. J'ai d'ailleurs une théorie là dessus (je ne sais pas ce qu'elle vaut)...
en tous cas, bravo, c'est concis, clair, et beau aussi...
Défi
Gagné!
héhé, mais il n'y avait pas vraiement de course,
juste un peu de défis,
ce qui est une saine chose.
Oui, on voulait tout les deux répondre à Grazie,
répondre à cette excellente question qu'elle pose.
Pourquoi Coltrane?
c'est quoi Coltrane?
c'est une vraie galère pour qui prétend écrire un peu sur le jazz...
J'ai hâte de lire ta version des faits,
et ta mirobolante théorie, Dorham!
Et merci tout plein pour les compliments!
Aujourd'hui
Je vais essayer de taper ça et de remettre en forme...
A propos, je trouve ton choix très bon "Impressions" ; évidemment, pour moi, c'est exactement le genre de morcfeau via lequel Trane parvint à un point d'équilibre.
Mais je vais en reparler...
impression soleil levant
J'ai lu quelque part que "Impressions" est construit sur le "So What?" de Miles...
et en effet il y a une vague air de famille, tu ne trouves pas?
Pourquoi "Impressions", je ne sais pas, rien d'impressionniste dans cette musique.
J'ai choisi cette vidéo surtout à cause de l'échange entre Coltrane et Elvin Jones.
Et puis l'image et le son sont bons, ce qui n'est pas si courant sur You Tube!
C'est marrant que tu parles d'Elvin Jones parce qu'une partie de mon texte en parle aussi, comme élément actif de la musique de Trane ; une réelle influence à mon sens, positivement comme négativement d'ailleurs...
Oui, il y a une similitude tu as raison, ça me frappe maintenant...
Braque et Picasso
Tiens? une influence négative?...
je me demande ce que tu entends par là...
Oui Elvin Jones et Coltrane,
c'est un peu comme Braque et Picasso dans l'invention du cubisme,
deux indissociables.
La hâte grandit de te lire...
Je suis en train de faire la sténo, à l'heure actuelle et je ne sais pas pourquoi, ce damné téléphone n'arrête pas de sonner...
Ma réponse
...est en ligne. J'espère qu'elle comblera tes attentes.
Ca m'a toujours impressionnée, les gens qui aiment tellement la musique qu'ils pourraient en parler des heures et des heures.
Ca fait pointu comme connaissances.
Faut dire, j'ai du mal avec le jazz.
J'ai du mal avec des musiques où il n'y a pas de repère pour le néophyte, où il n'y a pas de "ritournelle", au bout d'un moment, mon esprit s'enfuit, je pars ailleurs, et je n'écoute plus. Puis ça me gêne pour penser presque.
J'aime la musique classique sans la connaitre.
La chanson. Avec des grands textes ou des petits.
Voilà, c'est surtout le texte en fait.
La musique, c'est juste le "décor", important, mais sans plus.
J'ai du mal avec les "musiques seules".
Rêver
Pointu, tu crois Audine?
C'est juste la passion l'intérêt.
Le jazz c'est l'une de mes marotte les entêtante.
Enfin chacun ses passions.
La chanson j'en écoute peu,
ça m'arrive mais c'est par périodes passagères.
J'ai eu une période Gainsbourg,
une période Dominique A,
une période Thomas Fersen,
une période Dick Annegarne,
et une Nougaro.
Mais à présent je ne les réécoute plus.
Je trouve qu'une chanson s'épuise plus vite,
une fois qu'on l'a réécouté un certains nombre de fois,
elle perd de son intérêt, ne surpends plus.
Alors que l'écoute d'un morceau, sans mots, est plus inépuisable...
je trouve que le texte clos d'avantage le sens.
Le Classique, c'est plutôt le soir,
mais j'écoute toujours les CDs que j'ai depuis près de 10 ans,
je ne redécouvre plus rien dans ce domaine....
Et je suis tout à fais hermétique à l'écoute comparative de trente six versions pour voire les petites différences d'interprétations...
ce qui m'intéresse pour le jazz, par contre...
bizzare, hein?
Mais tu sais, Audine, il ne faut pas culpabiliser, je trouve,
de "décrocher" de l'écoute d'un morceaux,
de laisser son esprit voyager, vagabonder...
le jazz ne demande pas non plus une écoute sérieuse, la tête entre les mains et les sourcils froncés!
C'est déjà très bien si un morceaux fait rêver...
Merci doudourou c'est une explication a la fois didactique et pleine de sincérité.
Maintenant je comprends mieux pourquoi il est un référent mais j'ai peur d'arriver un peu tard pour comprendre un tel phénomène (je te rappelle que ma culture jazz est proche du néant et que contrairement à toi je n'ai pas eu la patience de me forger une idée en insistant sur une musique ou je ne pouvais pas bouger mon derrière pachidermique)
Par contre j'apprends beaucoup de vos textes et de vos extraits musicaux.
Je suis rarement décue en plus.
Et bien merci, et tant mieux, Grazie, tout le plaisir est pour nous de faire découvrir des choses que l'on aime...
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=296746&pid=7883288
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
