Oilderrick2

1889.
Dans les plaines désertiques de Californie,
où les paysans peinent à faire pousser de maigres patates,
se font face deux monstres d'ambition,
deux grands prédateurs de nature très différentes.

D'une part Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis),
que l'on voit tout d'abord racler le fond d'un puit obscur,
à la recherche des toutes dernières traces d'une mine d'or.

Il arrive un peu tard, c'est la fin de la ruée vers l'or.

Mais l'heure a sonné pour la fièvre d'un or nouveau,
celle de l'or noir, du pétrole.
C'est vers la prospection de cet or-là que Plainview se tourne.
Il a du nez, de la veine et du culot à revendre,
et il ne recule devant rien pour assouvir son inaltérable volonté de puissance et de richesse.

Sur les lieux d'un gisement californien particulièrement juteux,
Plainview fait la connaissance de l'autre monstre de l'histoire.
Oh comme ça il n'a l'air de rien,
il a l'air doux comme un agneau.
C'est un tout jeune pasteur (Paul Dano), un "preacher" illuminé,
prenant les allures d'un prophète doué de pouvoir de guérison,
et visité par des révélations messianiques.
En apparence, il est tout miel et tout douceur, l'humilité même.
On lui donnerait le bon dieu sans confession.

Mais celui-ci n'est pas moins ambitieux que celui-là,
lui aussi rêve d'extension, d'ouverture de succursales,
de nouveaux gisements de croyants.

Si le premier construit son empire sur la cupidité,
l'autre le fait sur la crédulité.

Mais l'un comme l'autre, entièrement voué à leur passion,
vivent dans un désert affectif,
sans père et mère ou les rejetant violemment,
sans femmes ou amantes, ou même amis,
vivant avec des enfants adoptifs qui ne sont que des outils,
de prétendus frères sortant d'on ne sait où,
d'associés efficaces et obéissants,
d' ouailles transies et soumises…

Tout au long de l'histoire ils se défient,
se servent l'un de l'autre,
tour à tour se combattent, s'humilient,
ou au contraire s'entraident…
mais cherchant toujours à dominer l'autre,
et a s'assurer la possession des âmes et des corps des péquenots du coin.

Jusqu'au brutal dénouement, à l'explosion de violence final.
There will be blood...

Au final ces deux personnage dessinent un portrait saisissant de l'identité yankee.

Le film de Paul Thomas Anderson repose sur l'interprétation magistrale des deux acteurs.
On peut trouver que Day-Lewis en fait des tonnes, un peu comme Nicholson jeune,
dans la composition de Citizen Kane barjot,
alcoolique, misanthrope, dévoré par la haine.
Mais Dano est magnifique dans le rôle.
Le plus drôle étant que c'est un sosie quasi-parfait d'Olivier Besancenot!

Enfin le film est servi par une musique somptueuse,
composée par Johnny Greenwood, le guitariste de Radiohead.
C'est une hallucinante musique d'orchestre à cordes,
qui crée un climat de tension névrotique particulièrement efficace.