La Soif
Andreï Guelassimov
(traduit du russe par Joëlle Dublanchet)
Éditions Actes Sud (novembre 2004)

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C'est la Russie éternelle,
celle ou la vodka coule à flot,
celle de la douleur de vivre,
de la mélancolie,
et de la fête furieuse pour contrebalancer...

Mais c'est aussi la Russie actuelle, ou peu s'en faut,
la Russie poutinienne gangrénée par la guerre en Tchétchénie.

Le narrateur, le jeune Kostia, en revient de Tchétchénie.
Il en est revenu détruit,
le visage brûlé et monstrueux lors de l'incendie du blindé dans lequel il se trouvait.
Pour supporter de vivre,
il remplie à bloc son frigo de bouteilles de vodka, et s'assome en les vidant.
"La vodka c'est comme la crasse, on en trouve partout", dit Kostia.

Parfois sa voisine l'appelle pour faire obéir son fils qui est terrifié par le visage de Kostia.
Kostia est une sorte de croquemitaine.

Avec ses potes, ceux avec qui il était en Tchétchénie, Guéna, Pacha et Sérioja,
il recherche de trafics pour subsister.
Ensemble, ils boivent sec.
« On tend le bras et on se verse à boire. Ou on fait juste un signe de tête. Même quand on ne vous demande rien. On est à l'intérieur de soi comme dans un vaisseau spatial.[...] On est assis et on regarde le vide. Avec étonnement. Parce que de l'autre côté des hublots, il n'y a qu'une obscurité terne. »

Le groupe d'amis rescapés revient toujours sur ce moment où leur blindé à été attaqué par une roquette et où il a prit feu.
Ils ont cru que Kostia était mort grillé dedans.
Sérioja l'en a sorti,
mais porte en lui la culpablilité de ne pas l'avoir sorti à temps.

Ensemble ils partent à la recherche d'un quatrième larron, perdu dans Moscou, on ne sait où.

Mais Kostia a un talent qui sauve son âme du naufrage.

Un don pour le dessin qu'un directeur d'école qu'il fréquentait enfant a repéré et fait grandir
... et lui a appris à boire.

Kostia dessine tout,
sa vie,
ce peuple déglingué qu'est le peuple russe,
le monde tel qu'il est,
mais surtout tel qu'il pourrait, qu'il devrait être.

En dessinant, il répare la vie des êtres en errance qui rentre du front :
« A l'un je dessinais une femme, à l'autre une jambe. A un troisième ses amis qui avaient été tués. A un quatrième je faisais un enfant en bonne santé. A tous ces hommes je donnais de la vigueur, à leurs femmes de la beauté, à leurs enfants de la drôlerie. »

Un livre effrayant et beau, d'une stupéfiante maîtrise d'écriture, de rythme, de tempo.

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