l'ivre d'image

Une fenêtre ouverte sur l'atelier de François Roudot, illustrateur, sur son travail en cours, sur ses projets de dessins et d'histoires, sur ses livres et ses disques préférés...

31 mai 2008

La soif

La Soif
Andreï Guelassimov
(traduit du russe par Joëlle Dublanchet)
Éditions Actes Sud (novembre 2004)

soif_copie

C'est la Russie éternelle,
celle ou la vodka coule à flot,
celle de la douleur de vivre,
de la mélancolie,
et de la fête furieuse pour contrebalancer...

Mais c'est aussi la Russie actuelle, ou peu s'en faut,
la Russie poutinienne gangrénée par la guerre en Tchétchénie.

Le narrateur, le jeune Kostia, en revient de Tchétchénie.
Il en est revenu détruit,
le visage brûlé et monstrueux lors de l'incendie du blindé dans lequel il se trouvait.
Pour supporter de vivre,
il remplie à bloc son frigo de bouteilles de vodka, et s'assome en les vidant.
"La vodka c'est comme la crasse, on en trouve partout", dit Kostia.

Parfois sa voisine l'appelle pour faire obéir son fils qui est terrifié par le visage de Kostia.
Kostia est une sorte de croquemitaine.

Avec ses potes, ceux avec qui il était en Tchétchénie, Guéna, Pacha et Sérioja,
il recherche de trafics pour subsister.
Ensemble, ils boivent sec.
« On tend le bras et on se verse à boire. Ou on fait juste un signe de tête. Même quand on ne vous demande rien. On est à l'intérieur de soi comme dans un vaisseau spatial.[...] On est assis et on regarde le vide. Avec étonnement. Parce que de l'autre côté des hublots, il n'y a qu'une obscurité terne. »

Le groupe d'amis rescapés revient toujours sur ce moment où leur blindé à été attaqué par une roquette et où il a prit feu.
Ils ont cru que Kostia était mort grillé dedans.
Sérioja l'en a sorti,
mais porte en lui la culpablilité de ne pas l'avoir sorti à temps.

Ensemble ils partent à la recherche d'un quatrième larron, perdu dans Moscou, on ne sait où.

Mais Kostia a un talent qui sauve son âme du naufrage.

Un don pour le dessin qu'un directeur d'école qu'il fréquentait enfant a repéré et fait grandir
... et lui a appris à boire.

Kostia dessine tout,
sa vie,
ce peuple déglingué qu'est le peuple russe,
le monde tel qu'il est,
mais surtout tel qu'il pourrait, qu'il devrait être.

En dessinant, il répare la vie des êtres en errance qui rentre du front :
« A l'un je dessinais une femme, à l'autre une jambe. A un troisième ses amis qui avaient été tués. A un quatrième je faisais un enfant en bonne santé. A tous ces hommes je donnais de la vigueur, à leurs femmes de la beauté, à leurs enfants de la drôlerie. »

Un livre effrayant et beau, d'une stupéfiante maîtrise d'écriture, de rythme, de tempo.

lasoif_copie

Posté par roudodoudourou à 23:10 - l'ivre de livres - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Superbe critique, j'avais aussi beaucoup aimé son receuil de nouvelles "fox mudler à une tête de cochon" et son dernier "l'année du mensonge" c'est de la très bonne littérature Russe.

Posté par céline-graziella, 02 juin 2008 à 06:47

>Grazie

Merci Grazie!
Oui, je pense que vais continuer à lire cet auteur,
mais il me semble que le reste n'est pas en poche, non?

Posté par roudodoudourou, 02 juin 2008 à 09:10

La force de l'imaginaire

Pfff, ma liste de livres recommandés s'allongent.

Ce que ta critique décrit très bien, c'est l'apaisement que peut vous offrir l'art, c'est un pansement, l'anti-nature ou en tous cas, la dénaturation de l'univers.

ça a l'air vraiment beau et glaçant...

Posté par Dorham, 04 juin 2008 à 09:17

Je crois que tête mudler est en poche, mais je ne suis sure de rien.
A l'occasion lis "le pingouin" de Andreï Kourkov qui est un auteur assez détonnant et juste un peu plus joyeux que Guelassimov.
Je le prête partout autour de moi et dans l'ensemble les gens sourit avec tendresse de cette drôle d'histoire que seul un Russe peut inventer !

Posté par céline-graziella, 04 juin 2008 à 19:21

hello

Salut tous les 4!!!
moi j'aime bien ton croquis de la statue de l'île de Kamasutra!

Posté par benoaperou, 04 juin 2008 à 20:37

>Dorham >Grazie >Benoaperou

>Oui Dorham,
c'est un livre qui parle aussi de la possibilité de transformation,
par la création,
des énergies destructrices en énergies positives,
du dépassement, par l'art, du nihilisme.
Du moins c'est ce qu'il m'a semblé...

La question de savoir si l'art est une anti-nature, une contre-nature, ou une autre nature,
un truc qui tourne le dos au réél et se tourne vers l'idéal...
là je ne te suis pas trop et n'ai pas la même lecture, peut-être...

>Oui, Grazie,
tu m'avais parlé de ce "Pingouin" et je l'ai bien noté dans un coin de ma tête.
Pour l'autre livre de Guelassimov, je l'ai jamais vu en poche...
tu pense que ce serait chez Actes Sud aussi?

>Salut à toi aussi Benoit,
content que cette statuette t'ai plue!

Posté par roudodoudourou, 04 juin 2008 à 21:26

Le pingouin

"Le" livre du mari de Grazie...

Posté par Dorham, 05 juin 2008 à 15:27

Oui, je sais bien, je m'en souviens bien.
C'est donc à coup sûr un livre excellent!

Posté par roudodoudourou, 05 juin 2008 à 19:27

héhéhéhé !

A coup certain !

Arrête, tu vas donner à Grazie un prétexte de dire du mal des siens, qu'elle aime pourtant plus qu'elle ne veut bien le dire...

(on fait tous ça)...

Posté par Dorham, 05 juin 2008 à 19:58

Oui y a qu'aux gens qu'on aime bien qu'on fait l'honneur de dire du mal des siens : on sait qu'ils vont juste rien dire et ne plus s'en souvenir très vite.

Posté par Audine, 05 juin 2008 à 21:10

Doudou, comment ça se passe, chez toi, niveau boulot ?

Posté par Audine, 05 juin 2008 à 21:11

embrouillaminis

Ben eu fait, Audine,
ça va un peu trop tout doux côté boulot,
et de toutes façons il y a eu des turbulences dans tous les sens dans ma vie toute quotidienne,
des tourbillons pas bien gérables,
embrouillaminis bien complexes qui ont fait que je n'ai pas trop trop avancé ou démarché de nouveaux boulots....
Mais il semblerait qu'on en voit peut-être le bout,
et que je puisse à nouveau repenser à celà.
On verra!

Posté par roudodoudourou, 05 juin 2008 à 22:19

Yep !
J'ai aussi lu "la soif" et tout comme toi !
J'en garde un bon souvenir. Un roman court, et intense.

Quant au livre du mari de Grazie, ça me rapelle une blague de la russe avec qui je bosse (elle en raconte pas beaucoup, et souvent, je ne les comprends pas).

c'est un mec qui parle à un flic russe qui part dans bientôt à la retraite :
- tu vas faire quoi de ton temps libre quand tu travailleras plus ?
- je vais finir mon second livre.
- Ah, tu écris ?
- non, je lis ...

(le lien, c'est qu'elle est russe, la boucle est bouclée...)

Un peu de legereté après un message très sérieux de Doudourou. J'espère que tu vas trouver le temps (et l'envie) de te repencher sur le dessin. C'est triste de mettre en veille du talent ...

Posté par herbertlecanard, 09 juin 2008 à 22:06

au fronton

Oh mais je dessine, mais des babars, des trucs pas bien important.
Tu as raison, herbert, ta phrase est un encouragement à graver au fronton de... de... mon placard.

Merci de la blague - je la ressortirais! -
et du passage.

Posté par roudodoudourou, 09 juin 2008 à 22:14

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