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"Blues & roots", blues & racines...

Des racines, Mingus n'en manque pas,
il en a dans tous les sens, des racines,
avec des ancêtres africains, asiatiques, européens…

Mais pour les USA, c'est un noir.
Point à la ligne.

Aussi, bien que Mingus ait grandi dans l'amour de la musique classique,
il s'est vu refusé une carrière de violoncelliste,
car imagine-t-on sérieusement un nègre jouer les suites pour violoncelle de Bach?

Du blues, donc, Mingus en a aussi.
Du blues teinté de colère contre la société blanche américaine qui lui a claqué la porte au nez.

Mingus opte pour un violoncelle un peu plus grand,
le violoncelle des noirs, la contrebasse,
pas la contrebasse des riches qui joue dans les orchestres symphoniques,
mais celle des pauvres et des noirs,
celle qui se pavane avec ses hanches larges, des courbes avenantes,
dans les bars, les clubs enfumés,
celle qui accompagne la musique mal famée des bas-fonds,
la musique de la transe et de la révolte.

En un mot, celle des jazz-bands.

Après avoir accompagné les héros du be-bop (Powell, Parker…),
Mingus a tenté d'allier le jazz au classique dans un mouvement appelé "third stream",
mouvement un peu décevant et très intellectualisé.

En 1959, avec "Blues & roots", il revient à ses racines, et à celle du jazz :
il revient au blues, au martèlement  lancinant de la détresse et du cafard,
sublimée par le rythme et la transe.
Par là il retrouve les racines en rizhome de l'Afrique en Amérique,
les traces à vif de l'esclavage et de la déportation,
ces traces qui vibrent dans le gospel des petites église rurale,
le jazz des bordels new-orléanais,
le blues des champs de cotons et des pénitenciers.

Mingus, tel un bouilleur de cru allumé,
concocte dans cet album une mixture forte,
un breuvage  tord boyaux qui arrachent  la gueule.

Il propulse une musique jouée  avec les " tripes ", dans l’urgence, à l'arrache, 
avec un gros son comacs de bruit et de fureur,
plein de l’intensité, de la hargne,   et du culot à revendre,
et des musiciens qui mouillent la chemise.

En effet, Mingus, comme Ellington - qu'il vénère - 
construit de belles machines orchestrales,
alimentée par de savantes et belles compositions,
de splendides cylindrées rutilantes et ronronnantes,
et qui en ont sous le capot.

Mais alors qu'Ellington conduit sa machine avec la décontraction aristocratique et distinguée d'un pilote soucieux du matériel,
Mingus adore faire foncer sa machine sur des routes escarpées,
lui faire prendre des virages en épingle à cheveux,
faire vrombir le moteur et crisser les pneus,
quitte à finir dans le décor…

La machine que Mingus assemble dans les studios d’Atlantic records de New York en février 1959, comporte, en guise de pistons et de courroies,
Booker Ervin au saxophone ténor,
Jackie Mc Lean et John Handy, au saxophone alto
Pepper Adams au saxophone baryton,
Jimmy Knepper et Willie Dennis aux trombones ans,
Horace Parlan ou Mal Waldron au piano,
et l'inamovible, l'indispensable, l'incommensurable Dannie Richmond à la batterie.

Conducteur de ce bolide, Mingus, à la contrebasse,
organise avec soin un bordel joyeux et sauvage et ,
aussi débridé que remarquablement agencé.

Ce qui fait de "Blues & roots" un des sommets indiscutables du hard-bop,
dont l'esthétique expressionniste exacerbée est l'une des portes d'entrée vers le free-jazz

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Ce texte fait parti d'un ensemble intiluté "Tous sur Mingus",
c'est une démarche collective de bloggeurs jazzfans - le Z-band -,
qui publient régulièrement et conjointement des articles sur tel ou tel point du jazz.

À l'occasion du trentenaire de sa mort, le 5 janvier 1979,
nous avons tous travaillé sur un aspect de Charles Mingus.

On trouvera chez Z et le jazz : "Change One & Change Two"
chez Mysterioso Jazz : "les relations de Mingus avec Dolphy"
chez Jazzque : "Mingus plays Piano"
chez Jazzocentre : "Oh Yeah!"
chez Native Dancer: ""Charles Mingus presents Charles Mingus""
chez Ptilou'blog : "Moins qu'un chien, l'autobiographie de Mingus"
chez Maitre Chronique : "Mingus Ah! Hum!"
chez Backstabber de Dorham, le petit nouveau, "Last Cha-Cha à Tijuana"
et chez Jazz à Paris : "L'évangile selon Saint Mingus"


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Enfin, j'ai posté un autre texte sur Mingus sur La Fabrique à Brac,
un forum où Dorham et moi participons,
et qui ne demande qu'à accueillir d'autre participant.
Mon texte s'appelle "Mingus, tu connais Mingus?".
J'y mets également en liens les blogs participants au "Tous sur Mingus Project".