100509
Calder ou l'hymne à la joie
Quelques dessins fait à l'expo "Calder les années parisiennes".

"Je veux faire des choses qui soient amusantes à regarder",
a écrit Alexander Calder,
qui a basé son esthétique sur la joie de l'invention,
l'espièglerie, la poésie et la légèreté.

"À propos de ma méthode de travail :
la première chose, c'est l'état d'esprit d'allégresse",
dit encore Calder.
On comprend ainsi pourquoi il est un artiste minoré par l'establishment de l'art,
qui valorise au contraire la profondeur du concept,
la critique de la société, l'ironie, la mélancolie...

J'ai aimé ces portraits en fil de fer,
qui déploient le trait dans l'espace,

et les petits bricolages légers, acrobates, oiseaux, singes...

290409
Totem et bouts de bois, une suite
J'ai profité de quelques jours dans la maison de mes parents
pour remettre en chantier quelques uns de mes totems en bouts de ficelles,
vous savez, ces dérisoires assemblage de bric et de broc,
dénués de tout esprit de sérieux,
dont je vous avais déjà parlé précédemment, ici, là, et là.
Cela donne :
un halluciné soucieux au nez rouge,
une sorte de kachina à plumet,
une sorcière greffée-fusionnée à son balais,
un barbu à la barbe drue et au nez d'aigle,
un guerrier sioux sourcilleux...
Beaucoup d'autres sont restés à l'état de projets, d'esquisses, d'idées.
J'en montrerais peut-être d'autres plus tard, donc .
110309
Jimmie Durham, portrait de l'artiste en lanceur de pierre
Jimmie Durham "Pierres rejetées"
Musée d’art moderne de la ville de Paris
Du 30 janvier au 12 avril 2009.
Jimmie Durham n'est pas un sculpteur tailleur de pierre,
mais lanceur de pierre.
C'est un artiste américain d'origine Cherokee, né en 1940,
qui revendique et milite pour la cause indienne.
C'est outsider et en rebelle,
un guerrier en lutte contre les valeurs de la société américaine.
Sa marque de fabrique c'est la pierre, les pierres,
de toutes tailles et de toutes formes,
qu'il lance contre des avions ou des frigos,
des fauteuils, des vitrines ou des voitures...
qu'il projette dans des pot de peinture,
ou sur des tubes de ketchup.
C'est assez mutin, punk et sympathique.
On trouve aussi des objets hétéroclites et ludiques,
fait de bric et de brocs récupérés et assemblés,
plein d'une joie de bricoler toute dadaïste,
sans arrière pensée, ou assez peu,
qui me fait un peu penser à Tinguely.
On peut voir encore des "Arc de triomphe portatifs",
superbes et drôles... à découvrir.
Voici une visite stimulante et amusée,
d'une méchanceté joyeuse et frondeuse.

Je parle aussi de cette exposition sur La Fabrique à Brac...
010209
"Aimer les choses et les manger vivantes"

Expo "Picasso et les maitres" au Grand Palais.
"Aimer les choses et les manger vivantes",
nous conseille Picasso.
Pour les grands peintres,
- de Zurbaran à Cézanne,
de Velasquez à Gauguin,
de Manet à Poussin,
de Goya à Chardin,
d'Ingre à Rembrandt... -
il fait de même :
l'ogre Pablo les bouffe tout cru,
chacun à son tour,
puis les régurgite en les explosant façon puzzle,
les réinvente avec une grande allégresse bouffonne,
et nous les rend revu, corrigés et rectifiés,
en un mot : pablopicassisés.
Balèze Pablo!
Mon texte complet sur cet expo est sur la Fabrique à brac, là!
170109
Emil Nolde, La nuit transfigurée

Emil Nolde, ses campagnes hallucinées,
irradiée de couleurs flamboyantes,
ses mers agitées de sombres remous,
ses villes babyloniennes décadentes pleines de cabarets inquiétants,
ses scènes religieuses affolées à la sensualité sauvage,
ses visions débridées et fantasmatiques,
balançant entre rêve et cauchemar,
peuplées de femmes pécheresses et de patriarches concupiscents.
Ses "peinture non-peintes", aux paysages tourmentés,
aux fleurs transfigurées, des visions de rêve…
Je parle plus longuement de cette exposition sur la Fabrique à Brac.
Pour le lire, il faut cliquez là.
150708
Peter Doig

Chouette!
On peut à nouveau être un artiste contemporain
et faire de la peinture sans passer pour un ringard!
De la peinture figurative, en plus!
Courrez voir l'expo de Peter Doig, avant le 7 septembre prochain,
au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris!

On y voit quoi?
Des paysages somptueux,
noyés dans une lumière aveuglante d'hiver et de neige,
ou au contraire se diluant, se liquéfiant, dans la chaleur des tropiques.
On y voit aussi des personnages un peu perdus,
de sombres sous-bois,
des canoës à la dérive,
des présences faunesques à la limite entre humanité et mythe,
des apparitions fantomatiques et étranges
des figures évanescentes fondues dans la nature….

Tout un monde magique,
empli d'une inquiétante étrangeté,
silencieuse et troublante.
Un monde très stimulant pour l'imaginaire,
qui invite à la rêverie, et à l'invention de récits.
Un monde qui procure un sentiment de flottement et de rêve éveillé,
Un monde traversé de reflets, d'éclats de lumières,
de transparences, de superpositions…
Un monde dans lequel ordre et désordre,
apparition et dissolution,
s'opposent et se composent.…

Mais le vrai sujet de la peinture de Petr Doig,
c'est bien sûr la peinture elle-même,
le choc de la couleur,
les multiples effets vertigineux,
les taches de couleurs,
les coulures et les transparences d'une grande fluidité,
tout un jeu de textures s'étalant sur des formats immenses.

Peter Doig est né en 1959 à Édimbourg,
mais vit actuellement au soleil, à Trinidad et Tobago.
Il va bien, merci,
c'est l'un des artiste vivant qui se vend le mieux,
l'un des "plus chers", comme on dit.
Mais heureusement,
ça ne l'empêche pas d'être l'un des artistes les plus passionnant du moment.
270508
Une ballade au Louvre
C'était une belle ballade dimanche dernier au Louvre.
Nous sommes allés visiter cette partie du Louvre qui expose depuis peu une collection d'art africain, océanien, améridien et asiatique, ce que l'on regroupe maintenant sous le terme d'art premier.
L'occasion, pour petits et grands, de sortir son carnet et de crobarder!

Il y avait cet étonnant personnage tout en longueur,
une grande sculpture pré-dogon.

Une suberbe Nativité Dogon,
frustre et dépouillé, mais très émouvante,
rappelant les Nativités romane du Moyen âge.
Cette oeuvre est d'ailleurs datée du XIVème siècle...
C'est d'autant plus curieux que le thème de la nativité n'est pas si courant en Afrique.

Une très marrante cuillère rituelle Zoulou aux formes féminines,
qui fait irrésistiblement penser à Picasso.

Une très impressionnante représentation du Dieu Gou, du Bénin,
dieu du feu et de la guerre,
une sculpture grandeur nature en métal,
qui rappelle les représentations des dieux du vaudou...

Un "poteau de maison cérémonielle" des iles Salomon,
tout à fait coquin et kamasoutresque!

Un masque ricanant et hallucinant de Hawaï,
en fibres tressé,
aux yeux en coquillages,
et au dents...
en dents de chiens...

Une toute petite statuette aux formes aérodynamiques des iles Carolines.

Et pour finir un adorable masque Inuit représentant un bonhomme tout désolé...
170508
Un Arp dans les mains

Mercredi et jeudi dernier, j'ai fait un petit boulot inhabituel.
J'ai travaillé comme type à tout faire dans une grande galerie parisienne
-la galerie Denise René -
pour aider à monter une exposition de sculpture.
J'ai fait un peu de tout :
sortir les caisses du camions avec les transporteurs,
déballer les dites caisses,
dépiauter les sculptures de tous leurs emballages de papier, bullespack, carton, polystyrène,
remplir des tas de sacs poubelle avec tout ces bidules,
courrir après le camions poubelles pour les jeter dedans,
monter les sculptures qui arrivent en plusieurs parties,
dont une, en granit, un vrai casse-tête pour comprendre comme la monter,
dont une en fonte hyper-extra-maxi lourde,
disposer des socles ici ou là,
puis les redéplacer, puis une fois encore jusque ça soit bon,
poser sur les socles des sculptures lourdes en marbres,
ou coupante en métal,
ou fragiles en verre,
nettoyer les socles avec une éponge pour qu'ils soient nickel,
caler les socles bancales,
briquer des sculptures en cuivre pour qu'elles brillent bien,
et nettoyer celle en métal à mille facettes pleine de poussière pour qu'on se voit bien dedans,
chercher dans les archives les anciens catalogues des artistes exposés,
disposer es catalogues dans des vitrines avec goût,
aller à la FNAC chercher des bidules que le responsable de la galerie n'avait pas le temps d'aller chercher,
visser une vis pour accrocher un tableau relief en plomb et néon,
emballer un tableau qui trainait et le ranger dans les réserves,
dabord ranger les réserves,
et, quand c'était bien ranger,
tout redéranger afin d'aller chercher les verres pour le vernissage planquer tout au fond de la réserve,
puis ranger à nouveau la réserve,
poster des lettres, et...
aller chercher le vin pour le vernissage
(ou, bien sûr, je n'étais pas convié!).
Et il y eu un moment magique.
Quand j'ai pris un instant dans mes mains un petit Jean Arp,
une petite sculpture en plâtre,
un peu comme celle que l'on voit sur la photo ci-dessus,
légère mais dense,
et horriblement précieuse (30 000 ou 40 000 euros, je crois...).
Je me suis bien-bien lavé les mains,
me les suis bien-bien séchées (important pour le plâtre!),
j'ai respiré un grand coup,
et je l'ai porté sur quelque mètres,
comme un papa débutant portant avec précaution son bébé nouveau né.
J'ai pensé à Stephan,
qui me dit toujours que je suis un grand maladroit qui renverse toujours un truc sur mon passage
(pure calomnie!)
J'adore Arp,
c'est l'un de mes artiste préféré.
J'adore la poésie réveuse de ses sculptures et peintures,
aux formes organiques, douces, vivantes,
et qui ont toujours des titres chargés de mystère et de poésie
(Arp est aussi un poète qui écrit des poèmes).
Il est pour moi de la famille de Miro et Klee.
Je passe toujours de long moments au Centre Pompidou à contempler ses sculptures,
rêvant de les toucher, de les caresser.
Et me voici donc avec l'un d'eux entre les mains,
moment aussi bref qu'unique et fascinant,
dans la vie d'un type à tout faire.
040508
totems et bouts de bois 3 (et fin)

Pour cette dernière série,
je vais rebondir sur certaines de vos remarques,
Ô chers lecteurs du "L'ivre d'images",
pour m'aider à voir comme "du dehors" de moi-même ces êtres étranges.

> Dorham :
tu fais bien de parler de "création bric-et-de-broc".
En fait mon père appartient à une génération qui ne sait rien jeter :
il a tout garder dans les caves et greniers,
- véritables territoires de rêverie bachelardienne infinies -
le moindre bout de bois,
clous rouillé,
bout de polystyrène,
couteau sans manche,
lampe grillée,
ficelles,
fragments de meuble démantibulé,
cartons...
Ce sont tous ces objet de rebus dont j'ai fait mon miel dans ces constructions,
au grès des trouvailles et des rencontres de formes et matière.

> Archie :
Tu dis que mes "bidules" forment une sorte de "famille"
qu'ils sont "tous différents, mais avec tous un petit quelque chose qu'on remarque".
Je trouve aussi qu'ils ont un air de parenté, ces bonhommes,
mais que je parviens mal à définir,
si ce n'est qu'ils sortent tous des mêmes mains
et de la même caboche...
Dorham parle de leur air de "douce circonspection",
et "interrogation douce, légèrement rieuse, pleine d'autodérision en tous cas".
ce qu'Audine exprime encore en disant qu'on a "l'impression qu'ils nous observent, intrigués".
Tout cela me plait beaucoup, et j'aime bien ce regard oblique, modeste et non-frontal des choses.
C'est ce qui me touche infiniment dans la peinture chinoise et chez Paul Klee, par exemple,
qui m'ont touchés plus que tout autre forme d'art.

En tous les cas, j'adore la façon dont vous les avez abordé,
dont vous vous les êtes appropriés,
en cherchant à les connaître, à les rencontrer,
et ce les décrivant.
À l'un vous avez trouver un "coté vaudou",
à l'autre un "ptit coté pique-assiette ",
à un autre encore, un air d' "animal tout ébouriffé"...
Merci donc à tous d'avoir fait un brin de causette à mes totems et bouts de bois...
010508
totems et bouts de bois 2

Suite de mes marottes et bricolages...
"L'art doit toujours faire un peu rire et un peu faire peu".
J'ai toujours adoré cette phrase du peintre Jean Dubuffet.
J'aimerais bien qu'il y a un tout petit peu de ça de ces petites constructions...
Le reste sans plus de commentaires.






