15 juillet 2008
Peter Doig

Chouette!
On peut à nouveau être un artiste contemporain
et faire de la peinture sans passer pour un ringard!
De la peinture figurative, en plus!
Courrez voir l'expo de Peter Doig, avant le 7 septembre prochain,
au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris!

On y voit quoi?
Des paysages somptueux,
noyés dans une lumière aveuglante d'hiver et de neige,
ou au contraire se diluant, se liquéfiant, dans la chaleur des tropiques.
On y voit aussi des personnages un peu perdus,
de sombres sous-bois,
des canoës à la dérive,
des présences faunesques à la limite entre humanité et mythe,
des apparitions fantomatiques et étranges
des figures évanescentes fondues dans la nature….

Tout un monde magique,
empli d'une inquiétante étrangeté,
silencieuse et troublante.
Un monde très stimulant pour l'imaginaire,
qui invite à la rêverie, et à l'invention de récits.
Un monde qui procure un sentiment de flottement et de rêve éveillé,
Un monde traversé de reflets, d'éclats de lumières,
de transparences, de superpositions…
Un monde dans lequel ordre et désordre,
apparition et dissolution,
s'opposent et se composent.…

Mais le vrai sujet de la peinture de Petr Doig,
c'est bien sûr la peinture elle-même,
le choc de la couleur,
les multiples effets vertigineux,
les taches de couleurs,
les coulures et les transparences d'une grande fluidité,
tout un jeu de textures s'étalant sur des formats immenses.

Peter Doig est né en 1959 à Édimbourg,
mais vit actuellement au soleil, à Trinidad et Tobago.
Il va bien, merci,
c'est l'un des artiste vivant qui se vend le mieux,
l'un des "plus chers", comme on dit.
Mais heureusement,
ça ne l'empêche pas d'être l'un des artistes les plus passionnant du moment.
07 juillet 2008
Comment c'était
Anne Atik
"Comment c'était : souvenirs sur Samuel Beckett"
(Points-Seuil)

L'auteur, la poétesse américaine Anne Atik,
a connu Samuel Beckett par l'intermédiaire de son mari, le peintre Avidgor Arikha,
qui était un ami très proche de Beckett depuis le début des années 50.
Ils rencontrent très régulièrement "Sam",
jusqu'à sa fin 1989, dans une maison de retraite...
Que font-ils ensemble?
D'abord, à la Closerie des Lilas, à la Coupole, ils boivent sec, très, très sec...
Ils écoutent aussi de la musique avec énormément d'attention,
et comparent des interprétations - surtout des lieder - de Schubert, Beethoven, Brahms,
- Beckett n'aime ni Bach ni Mahler! -...
Mais surtout ils récitent ensemble des poèmes.
Car Beckett connait par coeur quasiment toute la poésie anglaise, de Shakespeare à Yeats.
Mais il connait aussi la poésie Allemande, toujours en VO, de Goethe à Trakl.
Mais encore Dante, qu'il connait comme le fond de sa poche, et en italien.
Mais enfin la poésie française, avec une préférence pour Appolinaire et Verlaine.
Enfin il connait par coeur de grands passages de l'Ancien et du Nouveau Testament,
avec une préférence pour Saint-Luc,
même si Beckett n'est bien sûr pas du tout croyant.
mais il s'intéresse à ces texte pour leur charge poétique.
Enfin, il est une très grand "regardeur" de peinture,
- ce qui n'est pas si courant pour un écrivain -
ayant acquis une connaissance très précise de quantité de peintures modernes et classiques,
vu dans de nombreux musées dans le monde.
C'est ce qu'on peut appeler un homme de culture,
un homme imbibé de culture - plus que d'alcool! -
transportant en son for intérieur l'essentiel de la culture occidental.
Aussi Anne Atik peut-elle écrire :
"Beckett était poète jusque dans la moindre de ses fibres;
en sa présence, la poésie était aussi envahissante que l'oxygène."
Ce qui ne l'empêche nullement de se mettre à la portée des enfants d'Anne et Avigdor,
avec beaucoup de simplicité et de tendresse.
Anne Atik monte comment ces différents éléments ont nourris l'oeuvre de Beckett,
comment tel passage de poème, ou verset biblique, ou tel tableau,
se trouve réutilisé dans ses livres.
"Comment c'était" de Anne Atik (le titre est un clin d'oeil à "Comment c'est" de Beckett)
est une approche intime, émouvante et très belle de l'oeuvre troublante du grand "Sam"
- l'un des plus beau visage du XXème siècle! -.

02 juillet 2008
Henri Texier Strada Sextet (Jazz un jour d'été II)

Suite de du concert du 21 Juin dernier au Parc Floral,
concert au cours duquel j'ai crayonné pour vous!

La "furia" de Jef Lee Johnson retomba après un rappel tout bref mais tout beau.
C'était alors au tour du bassiste Henri Texier de monter sur scène avec son Strada Sextet,
composé de son fils Sébastien Texier à la clarinette, clarinette-alto et saxophone alto,
de François Corneloup au saxophone baryton,
de Gueorgui Kornazov au trombone,
de Manu Codjia à la guitare électrique,
et de Christophe Marguet à la batterie.

Texier me fait imanquablement pensé à un autre bassiste et leader de groupe : Charles Mingus.
Comme lui, il met sur pied des orchestres copieux de jeunes turcs qui n'ont pas froid au yeux,
et comme lui, il leur fait jouer des compositions de son crue de toute beauté.
Comme Mingus, on dirait qu'il conduit son orchestre comme un bolide,
qu'il n'hésite pas à appuyer sur le champignon,
à prendre les virages en épingle à cheveux,
à faire vrombir le moteur,
à faire crisser les pneus,
à déraper...
Comme ici dans "Ô Africa",
morceau avec son Strada Sextet,
paru sur le disque "Water Alert"en 2006,
et où François Corneloup dépote sacrément!:

Tandis que les jeunes loups de son orchestres - tous ont 20 ou 30 ans de moins que lui! - se démènent comme des beaux diables,
faisant rugir leur solos dans des embardées free échevelées,
Henri Texier reste calme, assis sur un tabouret,
l'oeil goguenard parfois, comme qui à fait une bonne blague.
comme une sorte de Bouddha serein au milieu des convulsions du monde.
Henri Texier contrebassiste n'est pas qu'un "meneur de danse",
qui assoit le tempo, le rythme, et propulse les solistes,
c'est aussi un des rares contrbassistes qui font littéralement "chanter" leur instrument,
un peu à la manière d'une kora africaine...
Aussi ses solos sont incroyablement passionnants.

Mais la Musique de Texier n'est point toujours furieuse et convulsive.
Il n'a pas son pareil pour écrire aussi des composition douces,
des ballades en apesanteurs,
des petits "airs" plus légers,
mais riche d'un grand sens mélodique et harmonique...
Témoin ce "Reggae d'eau" toujours sur "Water Alert" :

On peut voir le groupe au Duc des Lombards là.
C'est tout à fait - en condensé - le genre de set qu'ils ont fait au parc Floral...
Il Faut aussi VOIR les musiciens!
(Un petit mot pour les lecteurs du L'ivre d'Images qui ne sont pas forcément fous de jazz :
j'en ai pas mal parlé ces temps derniers pour différentes raisons,
mais là je vais faire une pose, rassurez vous!)
28 juin 2008
Silence radio

Le nom de ma rubrique, "fuite de jazz", n'a jamais aussi bien porté son nom...
On apprend avec tristesse le renvoi de France Musique de quatre personnalités majeures du jazz en France :
Claude Carriere, Jean Delmas, Philippe Carles et Alain Gerber.
La raison invoquée est le dépassement d'âge...
En fait l'âge n'a rien à voir là-dedans,
en quoi est-ce un argument valable?
En fait ils ne produisaient pas des émissions de promo,
d'actualité culturelle, de bla-bla...
Au contraire, ils faisaient des émissions de passionnés, d'érudits,
de coupeurs de cheveux en quatre,
et de découvreurs de trésors...
Comme si on pouvait encore supporter ça en 2008!
Des émissions de jazz, en plus, pensez donc!
cette musique rétive à la normalisation, à la massification, à la standardisation, à la starification,
toutes "qualités" nécessaires pour entrer dans la commercialisation culturelle mondiale.
Bref, on supprime donc là des émissions indispensables à la connaissance et la diffusion du jazz...
On peut - que dis-je, on doit! -
envoyer un email de soutien à : initiales@martinepalme.com
en indiquant dans l'objet "petition France Musique"
et ses nom et profession dans le corps de l'email.
D'avance merci.
27 juin 2008
Wonderful town

C'est Takua Pa, une petite ville du littoral thaïlandais,
avec ses belles plages de sable fin,
sa mer d'émeraude et ses palmiers.
Etrangement, ce n'est pas grouillant de touristes mais désert et vide...
C'est que l'action se situe trois ans après le passage de l'effroyable tsunami qui a tué 8000 personnes dans cette ville...
En témoigne encore de grands compexes hôtelier détruits que des ouvriers reconstruisent.
Ton est un jeune architecte qui arrive a Takua Pa pour superviser les travaux de reconstruction.
Il opte pour une chambre dans petit hôtel, à l'écart de la ville et des travaux.
Cet hôtel est tenu par Na,
une jeune femme harrassée qui fait des rêves de ressac,
de vagues, douces mais inquiétantes.
Entre ces deux c'est la naissance d'un amour et une lente montée du désir,
au cours de laquelle peu de paroles sont échangées,
mais où s'opère tout un lent travail d'approche,
tout en frôlement,
évitement et attirance,
non-dit et demi-mots...
Mais cela dérange le frère de Na, un petit caïd foireux de la région...
Un magnifique film aux images somptueuses,
pour ceux qu'une certaine torpeur toute asiatique ne rebute pas mais plutôt attire,
d'autant qu'elle est brusquement brisée à la fin,
avec une brusque intrusion de la violence.
En tout cas, une excellente nouvelle pour le cinéma thaïlandais, guère pléthorique,
même si l'étonnant "Blissfully Yours" de Apichatpong Weerasethakul,
avait déjà attiré l'attention - la mienne en tout cas! - sur le cinéma thaïlandais.
23 juin 2008
Jef Lee Johnson Trio (Jazz un jour d'été/ épisode 1)

C'était Samedi dernier 21 juin.
J'étais au Parc Floral de Paris en famille,
il s'est trouvé que ma fin d'après midi s'est trouvée libérée,
il s'est trouvé qu'il y avait le Paris Jazz Festival,
il s'est trouvé que ça aller juste commencer,
alors, ben... j'y suis allé!

En première partie du concert : Jef Lee Johnson trio.
Jef Lee Johnson est un guitariste.
Son trio se compose d'un bassiste à dread-locks,
et d'un batteur à casquette.
Johnson est un guitariste qu'on pourrait dire hendrixien,
déployant tout un arsenal de larsen, feedback, distorions...
Mais ce serait alors un Hendrix post-George W. Bush,
ayant perdu tous sens de l'utopie ou simple foi en l'avenir,
qui joue et chante un blues post-industriel chargé de colère parfois,
ou de morne mélancolie.

En effet, Jef Lee johnson martèle un blues distordu,
au son saturé d'électricité, déstructuré, sale et déglingué,
ce qui n'exclut pas beaucoup de raffinement.
De la finesse dans le chaos,
comme dans un Picasso sonore,
d'une beauté pas jolie du tout.

Certes, le public souffre!
Surtout celui du parc Floral,
souvent composés de paisible retraités qui viennent passer là un bout d'après midi paisible,
histoire de digérer le repas de midi...
À côté de moi les spectateurs sont à la peine,
mais prennent leur mal en patience et attendent que ça passe.
Mais pas question d'applaudir cet escroc! Quand même!!
Peut-être se demande-t-il pourquoi je tape du pied et dodeline de la tête en dessinant.

oui, la musique de Jef Lee Johnson se mérite.
Debout sans trop bouger et arborant un air un peu désolé,
pas aimable pour un sous,
il semble chercher à tâton un chemin dans sa musique.
L'expression à parfois du mal à sortir,
les solos sont des méandres qui se cherchent une forme,
tandis que bassiste et batteur martèlent un groove lourd, pesant, implacable.

Qu'on ne s'y trompe pas!
Moi j'adore ça, et je respecte infiniment Jef Lee Johnson.
Pour se faire une idée plus précise de sa musique, cliquez!.
(Bientôt la seconde partie du concert : Henri Texier & Strada Sextet...)
20 juin 2008
Un blog à croquer

Hoooooooo!
voici un tout nouveau blog tout beau
un blog tout chaud,
un blog de croquis et de croco :
le croco à croquis
C'est le blog de ma douce,
une as du dessin,
qui fait des images douces et drôles.
Courrez-y!
16 juin 2008
Esbjörn Svensson coule à pic
Je déteste les nécrologies.
Il faudrait toujours parler des musiciens quand il sont vivants,
pleinement vivants et pleinement créatifs.
Il y a les vieux, les très vieux musiciens :
on sent bien que Sonny Rollins ou Charles Lloyd vont nous claquer dans les doigts dans pas bien longtemps...
Mais Esbjörn Svenson, franchement...
Ce pianiste suédois super doué avait 44 ans.
Il est mort lundi d'un débile accident de plongée, non loin de Stockholm.
Il est essentiellement le créateur du Esbjörn Svensson Trio
- appelé plus souvent sous l'acronyme de E.S.T.-
avec le bassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Ostrom.
C'est un trio bien repésentatif du jazz de ces 10 dernières années,
un jazz décomplexé, presque,
qui ne craint pas de fleurter avec le rock, l'electro ou la pop,
qui n'a pas peur de la popularité et du grand public,
qui ne postule pas à tous coups une supériorité de la marge,
du groupuscule ou de l'underground.
Du rock, E.S.T. récupère l'énergie, les mélodies accrocheuses pour l'oreille,
et un certain sens du bidouillage électronique du son,
et du jazz, il garde l'exigence harmonique et rythmique,
et le rôle centrale de l'improvisation.
Ici ils interprètent "Serenade for the Renegade",
au festival de Jazz de Juan les Pins en juillet 2003.
On peut éventuellement regretter, parfois, une certaine complaisance à l'industrie du Show-bizz,
avec l'album "Viaticum"...
(je n'aime pas quand dans les nécrologies on ne peut plus exprimer aucune réserve sur le défunt...)
Mais pour l'essentiel il s'agissait d'un trio passionnant,
riche d'une extraordinaire potentialité.
Potentialité qui a sombrée lundi, au large de Stockholm...
12 juin 2008
Konétu le poney?
Youpi! ça y est il est sorti!

Quoi?!?
Mais si, vous savez, ce fameux documentaire sur le poney,
celui qui m'a donné tellement de fil à retorde.
Vous l'avez vu naître,
- j'oserais presque dire que vous avez vu la conception... -
Voilà, il est paru aux éditions Milan.
Et ben, en plus, il est très beau,
je trouve...
Pages choisies et scannées avec les moyens du bords :







05 juin 2008
Le vaillant capitaine Coeur de Boeuf
Sans (beaucoup) de commentaires...
Le Capt'ain Beefheart & Magic Band est une figure méconnue,
un inclassable radical.
De son nom de baptème Don Van Vliet (né en 41 en Californie),
Captain Beefheart est une apparition météorique et étrange du rock,
comme une sorte d'excroissance mal controlée, une incongruauté...
On le résume souvent en disant que c'était un compagnon de route de Franck Zappa.
Mais ça n'est pas que cela, c'est un bluesman étrange,
et un compositeur pas banal, servi par une voix.... unique!
Par voie de conséquence, il n'a jamais fait de hit.
Mais c'est le genre de trucs que j'ai envie d'écouter en ce moment.
Il est ici lancé dans un blues sale difforme et crapuleux,
lors d'unconcert sur la plage de Cannes en 1968 - malheureusement tronqué...-
endroit inatendu pour ce californien de Capt'ain Beeheart...
Dommage qu'il ai passé tant de temps à bousiller son organisme par l'absorption de substances et de champignons toutes plus bizarre les une que les autres.
Il a d'ailleurs passé les dernières années à peindre plus qu'à ne jouer,
des peintures d'ailleurs pas mal du tout à mon goût...

(L'occasion aussi de signalé la disparition récente de Bo Diddley,
autre bluesman,
dont il était question il y a peu ici...)
