19 avril 2008
Il faut croire au printemps

Si la beauté et la perfection existaient en ce bas-monde,
elles pourraient ressemblait à ça, j'imagine.
"You Must Believe in Spring", l'album et le morceau de Bill Evans,
ont été enregistrés en août 1977 en trio avec Eddie Gomez (basse) et Eliot Zigmund (batterie).
C'est la reprise d'une composition de Michel Legrand pour "Les Demoiselles de Rochefort".
Tout l'album est marqué par la perte et le deuil.
Bill Evans y joue "We Will Meet Again (For Harry)"
en hommage à son frère aîné décédé Harry,
frère auquel il était très attaché,
frère pianiste classique raté,
qui aurait du réussir, qui aurait du percer,
à la place de Bill qui s'est senti coupable d'avoir utilisé sa connaissance de la musique russe et française (Debussy, Fauré, Ravel, Scriabine, Rackhmaninov...),
pour l'introduire dans le jazz et connaître ainsi la célébrité..
"B Minor Waltz (For Ellaine)" est dédié à son amante qui s'est suicidée quelques années avant.
C'est encore le dernier disque avec le bassiste Eddie Gomez,
qui a si bien accompagné Evans pendant dix ans.
Enfin c'est un disque posthume qui n'est paru qu'en 1981,
après le décès de Bill Evans le 15 septembre 1980, à 51 ans,
des suites d'une hémorragie interne après une hépatite mal soignée,
le corps épuisé par une trop longue addiction à la drogue (héroïne et cocaïne).
Bill Evans imprime à la composition de Michel Legrand une immense mélancolie,
mais aussi un lyrisme qui emporte tout.
À l'écouter, on sent qu'on peut y croire, qu'il faut y croire,
qu'un jour, c'est sûr, le printemps reviendra,
et la chaleur et la lumière nous tireront des tènèbres de la mélancolie.
(blog en pause pendant une semaine... on se retrouve Lundi 28 Avril...)
17 avril 2008
un monde fou

On a pas mal parlé de la crise au Monde,
et du "plan de redressement" de Fottorino,
qui prévoit la suppression de 130 emplois au quotidien.
On dit moins souvent que groupe Le Monde met aussi en vente,
parce que "déficitaires ou non-stratégiques",
le réseau de librairies"la Procure",
plusieurs magazines qui lui appartiennent ("Danser", "Les Cahiers du Cinéma"),
et le groupe Fleurus Presse.
Ce groupe, édite 12 titres pour enfants et ado (Papoum pour les 0-2 ans, Abricot pour les 2-5 ans, Mille et une histoires pour les 4-8 ans, Pirouette pour les 4-8 ans également, Les P'tites princesses pour les petites filles de 5 à 8 ans, Je lis des Histoires Vraies pour les 8-12 ans, Les P'tites sorcières pour les filles de 8 à 12 ans, L'Hebdo, le Monde des ados pour les 11-15 ans, Je lis déjà pour les 6-8 ans et enfin Mon Journal Arc-en-ciel pour les 5-8 ans.)
Mais Fleurus n'a pour l'instant aucun acheteur,
et il est plus que probable qu'il n'en aura pas.
Cela signifierait sa liquidation et le licenciement de 200 salariés…
Ils se sont mis en grève Jeudi dernier, et à nouveau aujourd'hui..
Depuis 2003, ma compagne et moi travaillions tous les mois, sur l'un de ces journaux, "Pirouette".
Elle dessinait et je mettais en couleur la BD principale, la quatrième de couverture, la couverture, des vignettes, et, à l'occasion plusieurs pages.
Aussi ce travail représentait une part importante de notre revenu
(à peu près la totalité pour ma compagne).
Si ce journal s'arrête, nous nous retrouvons sans travail et sans indemnités, puisque nous ne sommes pas salariés.
Nous devons très vite retrouver du travail dans d'autres secteurs de l'éditions jeunesse.
Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas.
Des dizaines et des dizaines d'illustrateurs et d'écrivains doivent se débrouiller tous seuls.
Sans aucune reconnaissance pour ce qu'ils ont apporté à la vie du magazine.
Le groupe LA VIE – LE MONDE est né de la prise de contrôle des Publications de la Vie Catholique (Télérama, La Vie, Fleurus) par le groupe Le Monde en 2003.
Puis le groupe a croqué le Courrier International, le Midi libre et pris une participation dans le Groupe Perdriel (Le Nouvel Observateur).
Les difficultés du groupe étaient connues,
Avec un déficit de15,6 millions d’euros en 2007.
Du entre autres à la crise générale de la presse quotidienne, malmenée par internet et par les gratuits,
et par une gestion souvent contestable (entre autre du site internet du Monde).
De plus Le Monde s'est fait construire un somptueux bâtiment Boulevard Blanqui dans le 13ème,
Et Télérama et Fleurus ont déménagé dans un superbe immeuble flambant neuf rue de Baïf il y a…3 mois!
Etait-ce bien le moment d'engager une telle dépense?
Il y a de plus un "système aujourd’hui opaque de prime"et des " avantages en nature un peu trop voyants".
Le directoire du monde, par exemple, s'est récemment auto-allouer une très confortable prime "de logement"!
Car c'est bien Le Monde qui perd de l'argent, et les autres sociétés du groupe qui en gagne plus ou moins, et le maintiennent à flot.
Ceux qui n'en gagne pas assez dégagent, et advienne que pourra pour eux.
On craignait des modifications ou la suppression de certains titres de Fleurus Presse.
Mais c'est une méthode beaucoup plus brutale et radicale qui a été préférée par Fottorino…
Dont beaucoup supportent les conséquences.
14 avril 2008
Sauvage, efficace et beau comme un riff de blues sur une guitare saturée
C'est le cortège de Dionysos qui passe.
Des filles hystérique hurlent et trépigne
devant un noir à guitare
sur laquelle il joue un riff (motif)
obstinément répété et ressassé.
C'est sauvage et hypnotique.
À ses côtés, un groupe de bacchantes ondulent.
L'une d'elle est aussi armée d'une guitare.
Un tambourinaire officie à l'arrière.
Les guitare sont reliées aux amplis par des sortes de cordons ombilicaux.
C'est quoi?
Du blues? du rock'n'roll? du rythmn' and blues? du funk?
ou un rituel zoulou, papou, zazou?
C'est à la confluence de tout ça.
C'est Bo Diddley.
C'est une musique qui vient de Chicago
avec un crochet par l'Afrique
et la brousse aux spectres et aux esprits des ancêtres.
Bo Diddley est le pseudonyme de Ellas Otha Bates McDaniel,
né en 1928 dans le Mississipi.
La légende veut que ces petits camarades lui disait :
toi tu ressembles tellement à un Bo Diddley qu'on va t'appeler comme ça.
Mais il n'a jamais su, au fond, ce qu'est un Bo Diddley...
En réalité le "diddley" est une sorte d'instrument à cordes bricolé par les noirs
pour jouer un blues primitif.
Ici il joue "Hey Bo Diddley" et "Bo Diddley"
(il a écrit des tas de morceaux où il se met en scène).
Bo Diddley est assez méconnu, au fond,
pourtant, les Stones, par exemple,
n'ont jamais vraiment fait mieux,
non?
Bo Diddley est très important pour moi.
C'est le premeir concert que j'ai été voir,
vers 14, 15 ans.
Ce bougre-là, que j'écoutais déjà avec ferveur,
passait à la fête du PCF du patelin de Normandie ou j'habitais...
10 avril 2008
Bamoumba
Une petite histoire - encore une histoire se passant en Afrique! -
parue dans le numéro d'avril du journal PIROUETTE .

C'est l'éternelle histoire d'une petite fille, Bamoumba,
qui veut apprendre l'art sorcellerie avec son oncle sorcier.
Mais celui-ci ne veut pas, parce qu'elle est trop petite et tout.

Mais la petite Bamoumba découvre le complot que trame un sorcier plus jeune contre son oncle.

Le jeune sorcier endort l'oncle pour lui piquer ses secrets.

Mais Bamoumba a tout vu et sauve l'oncle.

alors tout le monde est d'accord,
Bamouba est une brave fille et peut apprendre la sorcellerie.

Tout est bien qui fini bien,
tout le monde est content,
le méchant est en fuite,
et bonne nuit les enfants!
04 avril 2008
le théâtre de l'absurde

(peinture de Jean-Michel Basquiat)
C'est l'histoire d'un homme contôlé dans le RER.
Il montre son ticket.
Puis se jette hors du train,
plonge dans une rivière et meurt.
Ce n'est pas une nouvelle de Kafka, de Beckett ou de Ionesco.
C'est la réalité, cet après-midi à Paris.
D'après Reuters :
"Un étranger sans papiers malien de 29 ans est mort d'un arrêt cardiaque après s'être jeté dans la Marne en tentant d'échapper à un contrôle de police à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), apprend-on de source policière.
L'homme, qui était sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière, s'est jeté dans la Marne en début d'après-midi après un contrôle dans la gare RER de Joinville.
Il a présenté un abonnement puis a tenté de fuir, craignant apparemment que sa situation ne soit découverte. Un policier de la BAC l'a alors pris en chasse. Il s'est alors jeté à l'eau, où il a été repêché peu après dans un état critique. Il est mort à l'hôpital des suites d'un arrêt cardiaque.
Une enquête a été confiée à l'Inspection générale des services (IGS), la "police des polices"."
Il y a quarante ans mourrait Martin Luther King
Peut-on tolérer ça sans rien dire?
Se représente-t-on la charge d'angoisse que portent ceux que l'on côtoie quotidiennement,
la charge qui pèse sur leurs conjoint-e,
leurs enfants?
Manif demain Samedi, à partir de 14h 30 à Place d'Italie,
contre le sort fait aux étrangers (pauvres) en France.
J'y serais.
mais ça risque de ne pas suffire...
01 avril 2008
le mardi c'est poisson...

28 mars 2008
Du charme discret et troublant de Patty Waters

Patty Waters...
autant l'avouer tout de suite,
je ne sais pratiquement rien d'elle…
Je ne suis pas le seul, d'ailleurs.
L'essentiel de ce que j'en sais viens du disque ci-dessus,
croisé dans une médiathèque (comme souvent!).
C'était un CD avec une assez belle photo :
"You Thrill me / a musical Odyssey (1960 - 1979)" (Water records 137).
Je ne suis pas fan à priori du soit disant genre "Jazz vocal".
Diana Krall, Nora Jones, Patricia Barber, Lisa Ekdhal...
je m'en passe très bien.
Par contre j'ai un gros faible pour Jeanne Lee, Billie Holliday, Nina Simone ou Susanne Abbuehl.
Au niveau de perfection de ces dernières,
on n'est plus dans la "chanson", toute "jazzy" qu'elle se prétende,
mais dans la musique pure, au cœur même de l'essence du jazz.
Donc, ce CD, j'ai eu envie de voir de quoi il retournait.
Pour vivre heureux vivons curieux!
Et bien ce disque m'a sonné!!
K.O. debout le Doudou!
Le disque est composé de démos, de prises rejetées, de morceaux inédits,
que Patty Waters possédait chez elle.
Curieusement il s'ouvre sur un jingle de pub pour la "Jax Beer",
chanté par la belle, d'un intérêt, disons, limité…
Mais aussitôt après, on est dans complétement autre chose.
On se retrouve projeté dans une autre dimension,
dans des ballades murmurées au bord du gouffre,
des "Georgia on my mind" à couper le souffle,
des "Fine and mellow étranglé de larmes,
des "Lover man" à tomber à genoux,
auxquels s'ajoute des compositions originales de Waters - texte et musique -
et sur lesquels elle s'accompagne elle-même au piano.
Bien souvent elle ne finit pas les morceaux,
ne va pas jusqu'au bout de la prise car l'émotion est trop grande,
et la belle se retrouve avec la voix brisée.
Coeurs sensibles s'abstenir!
Et en plus elle joue super bien du piano!
"Touched by Rodin in à Paris museum", en piano solo,
est une méditation,
un moment de poésie qui ferait fondre le plus endurci des imbéciles.
Moi-même, tenez,
qui n'en suis pourtant pas un (je me flatte de le penser),
j'en ai les larmes aux yeux!
Tant de beauté, non, c'est trop!

Mais qui est Patty Waters, alors?
Un visage d'abord, beau visage, qui évoque un peu Janis Joplin.
Elle est née "dans les années 40", du côté de l'Iowa…
Il paraît qu'elle a surtout écouté Billie Holliday,
qu'elle était l'une des chanteuse préférée de Miles Davis et de Patti Smith;
On lit qu'elle était une artiste "mythique" des sixties…
"Patty Waters sings", son premier album, sort chez ESP en 1965,
label militant du free le plus radical des 60's.
Ce serait Albert Ayler Ayler lui même qui l'aurait présenté au patron d'ESP.
L'album s'ouvre sur des ballades intimiste, minimaliste et rêveuse,
tel le "Moon don't come out tonight" ci dessus,
et se ferme par un "Black is the color of my true love’s hair" de légende,
furieusement free, qui oscille entre chuchotement et hurlement…
Ce n'est pas ce que je préfère,
mais le voici, pour se faire une idée plus complète de sa démarche :
Puis, en 1966 sort "College tour", un album live, paru sur ESP également.
Puis.. plus rien.
Vers 1968/69, Patty Waters "disparaît" en Californie.
En fait elle fuit la violence de New-York envahit par la dope.
Pendant trente ans on n'entends plus parler d'elle,
même si des rumeurs rapportent qu'elle joue ici ou là sur la côte Ouest…
En1996, sort un nouvel abum, "Love songs",
en duo avec la pianiste Jessica Williams, sur label Jazz Focus
En 2004 le "You Thrill me" dont je parle.
Et en 2005 "Happiness Is a Thing Called Joe: Live in San Francisco 2002 " (chez DBK Works)
(Je viens de la commander sur le net...).
Tous les morceaux que je connais d'elle sont des merveilles de délicatesse,
d'émotion, de sensibilité à fleur de peau, de musicalité,
des miniatures fascinantes et bouleversante.
Intensité émotionnelle,
mépris de la virtuosité et du "glamour",
mais grande projection de l'émotion...
tout y est admirable et intemporelle.
La beauté dans sa forme la plus chimiquement pure.
21 mars 2008
l'oeil sur l'échelle
Il y a une très belle exposition en ce moment au Centre Pompidou, "L'oeil sur l'échelle",
consacrée à Edouard Sautai.
Cette exposition se tient jusqu'au 30 juin dans partie la Galerie des Enfants du Centre.
Comme toutes les formidables expositions de la Galerie des Enfants,
l'expo est accompagnée de dispositifs ludiques pour que les enfants s'amusent avec les notions d'échelle et les illusions qu'elles peuvent produire.

Edouard sautai est un jeune artiste né en 1965.
Il réalise, entre autre, des sortes de petits bricolages,
des petites constructions sommaires avec les moyens du bord,
à disposition sur le lieu où il se trouve.
En les photographiant, il introduit une autre dimension,
un effet de trompe l'oeil, d'illusion d'optique.
C'est un peu du Minima Art, un peu du Land Art, un peu de l'Arte Povera,
un art modeste, humble, en tous cas...
En tout cas cela produit un trouble puissant,
et plonge - me plonge en tout cas - dans une puissante réverie.

Car c'est une vraie rêverie que ces images provoque,
un songe qui renvoit à l'enfance, au jeu d'enfant,
aux rêverie, dont Bachelerd a si bien parlé,
et que l'on a tous fait avec nos chateau de sable,
ou nos agencement de Playmobil...

J'ai particulièrement aimé cette série en noir et blanc de 2002 de "Cabanes",
de frêle bicocques, frèles abris ou ermitages,
faites de mousses, de brindilles, d'écorces, de feuilles,
des huttes de Robinson Crusöé miniatures,
qui invitent à la contemplation, à la méditation,
comme ces petites bicocques perdues dans les montagnes,
telles que peintes par les artistes chinois anciens.

Il a fait d'autres images de par le monde.
Ici une photo en couleur réalisée en Corée.
Mais je trouve que la construction joue moins adéquatement avec son environnement...
On peut aller voir son site, très bien fait :
http://www.edouardsautai.com/index_hp.php

Je me suis dit aussi que ces photos plairaient surement à Archie...
19 mars 2008
arrête de faire le singe!




Paru dans le BABAR (Bayard presse) du mois d'Avril.
17 mars 2008
municip(aïe!)

