15 mars 2008
There will be blood

1889.
Dans les plaines désertiques de Californie,
où les paysans peinent à faire pousser de maigres patates,
se font face deux monstres d'ambition,
deux grands prédateurs de nature très différentes.
D'une part Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis),
que l'on voit tout d'abord racler le fond d'un puit obscur,
à la recherche des toutes dernières traces d'une mine d'or.
Il arrive un peu tard, c'est la fin de la ruée vers l'or.
Mais l'heure a sonné pour la fièvre d'un or nouveau,
celle de l'or noir, du pétrole.
C'est vers la prospection de cet or-là que Plainview se tourne.
Il a du nez, de la veine et du culot à revendre,
et il ne recule devant rien pour assouvir son inaltérable volonté de puissance et de richesse.
Sur les lieux d'un gisement californien particulièrement juteux,
Plainview fait la connaissance de l'autre monstre de l'histoire.
Oh comme ça il n'a l'air de rien,
il a l'air doux comme un agneau.
C'est un tout jeune pasteur (Paul Dano), un "preacher" illuminé,
prenant les allures d'un prophète doué de pouvoir de guérison,
et visité par des révélations messianiques.
En apparence, il est tout miel et tout douceur, l'humilité même.
On lui donnerait le bon dieu sans confession.
Mais celui-ci n'est pas moins ambitieux que celui-là,
lui aussi rêve d'extension, d'ouverture de succursales,
de nouveaux gisements de croyants.
Si le premier construit son empire sur la cupidité,
l'autre le fait sur la crédulité.
Mais l'un comme l'autre, entièrement voué à leur passion,
vivent dans un désert affectif,
sans père et mère ou les rejetant violemment,
sans femmes ou amantes, ou même amis,
vivant avec des enfants adoptifs qui ne sont que des outils,
de prétendus frères sortant d'on ne sait où,
d'associés efficaces et obéissants,
d' ouailles transies et soumises…
Tout au long de l'histoire ils se défient,
se servent l'un de l'autre,
tour à tour se combattent, s'humilient,
ou au contraire s'entraident…
mais cherchant toujours à dominer l'autre,
et a s'assurer la possession des âmes et des corps des péquenots du coin.
Jusqu'au brutal dénouement, à l'explosion de violence final.
There will be blood...
Au final ces deux personnage dessinent un portrait saisissant de l'identité yankee.
Le film de Paul Thomas Anderson repose sur l'interprétation magistrale des deux acteurs.
On peut trouver que Day-Lewis en fait des tonnes, un peu comme Nicholson jeune,
dans la composition de Citizen Kane barjot,
alcoolique, misanthrope, dévoré par la haine.
Mais Dano est magnifique dans le rôle.
Le plus drôle étant que c'est un sosie quasi-parfait d'Olivier Besancenot!
Enfin le film est servi par une musique somptueuse,
composée par Johnny Greenwood, le guitariste de Radiohead.
C'est une hallucinante musique d'orchestre à cordes,
qui crée un climat de tension névrotique particulièrement efficace.
12 mars 2008
pages de carnets
Je n'ai pas beaucoup dessiner pendant ces brèves vacances...
Enfin, voici quand même quelques pages de mon carnet de dessins :
La Vieille Charité, à Marseille, vue intérieur et plongeante
la Vieille Charité, vue extérieur, de dos, si on veut bien cligner des yeux très très fort...
L. et C. dessinent par terre
C. seule
C. suce son pouce pensivement
Sieste pour N. et Nintendo pour G.
Le bonhomme de neige sur le balcon vu à travers la porte-fénêtre
Pendaison d'habits
Piste
"la voix intérieur", sculpture de Rodin, au musée Cantini de Marseille, de dos
Toujours à cantini, un artiste contemporain que je ne connaissais pas, François Mezzapelle,
avec de drôles de sculpture en résine, aux formes mi-animales, mi-humaines, mi-végétales,
rondes et vaguement érotiques

Et un malicieux loup dessiné par L.
28 février 2008
Les plus méchants
Le livre d'image va se refermer pour quelques temps,
jusqu'au 10 mars pour cause de ballade montagnarde...
Mais je vous laisse en bonne compagnie,
entre de bonnes mains,
avec le groupe the Bad Plus,
qui interpréte "And here we test our power of observation",
dans une émission télé américaine de 2004.
The Bad Plus est un groupe de jazz qui joue du rock,
ou un groupe de rock qui joue du jazz...
comme on veut.
C'est l'alliance de l'énergie rentre-dedans du rock et du sens de l'improvisation propre au jazz.
C'est ainsi qu'ils improvisent à corps perdu sur des composition de Nirvana, Radiohead ou Bjork,
comme sur Ornette Coleman ou leurs propres compositions, comme ici.
Ils ne sont pas les seuls à le faire, certes,
c'est aussi ce que fait parfois Brad Mehldau,
mais dans une optique moins résolument rock.
Le groupe est composé de Reid Anderson au piano,
Ethan Iverson à la contrebasse,
et l'époustouflant batteur Dave King, au jeu très musclé!
Les uns comme les autres ont écouté autant de rock que de jazz dans leur adolescence,
et ont joués dans des groupes de l'un ou l'autre genre.
Ensemble ils joue une musique solide, roborative, tonique, survitaminée.
Enjoy it!
prenez soin de vous,
et à bientôt!
26 février 2008
Je me souviens...

Selon le ministre du Travail, Xavier Bertrand,
on n'a«pas le droit d'humilier le président de la République».
Rien que ça!
Incroyable, non?
Est-ce là proposition de loi?
Un peu comme en Tunisie?
Ou tel autre "régime" peu regardant sur les droits de l'Homme?
N'en déplaise à Xavier Bertrand,
je vais ici un peu bousculer le Président.
La maréchaussée peut venir, je ne suis pas armé…
La difficulté c'est de garder en mémoire le compte exact des méfaits de ce président,
tant est étourdissant le flux de déclarations, de discours, de paroles,
et de loi déjà votées ou pas encore.
Dans cette logorrhée présidentielle, une mesure chasse l'autre et fait oublier la précédente.
Voilà ce que j'ai noté, ou ce dont je me souviens :
Marchandage de protection contre amnistie avec Idris Deby.
Copinage avec Bush à bout de course.
Extravagant voyage de Kadhafi en France.
Vente de centrales nucléaires partout, y compris à des régimes très très limites (voir ci-dessus).
Construction d'un second porte-avion nucléaire.
Ahurissant discours de Dakar à propos des africains.
Suppression de 11000 postes d'enseignants.
Programme scolaire augmentant encore la dose d'éducation civique et de "citoyenneté" (même si ça donne très peu exemple en haut lieu…).
Adoption d'un enfant mort lors de la Shoa par un enfant de CM2.
Conception très étrange et très inquiétante de la laïcité.
Soit disant "non problème" des sectes en France, et en particulier non problème de la scientologie.
Conception rentable de la culture.
Télé publique privée de ressources, mais aucune ne sera privatisée, promis, juré! (comme EDF…)
Salaire du président en expansion et pouvoir d'achat et régression.
Bouclier fiscal et cadeau géant de 15 milliards aux plus aisés.
Galopante hausse des prix.
Injustes franchises médicales.
Pitoyable plan banlieue.
Réintroduction par la bande de la constitution européenne sans référendum.
Inédite plainte au pénale contre le Nouvel Obs.
Nomination de proches aux postes clefs de l'information.
Christine Kouchner nommée à France Monde
Pantalonnade des municipales à Neuilly avec trahison de Martinon et fiston en guest star.
La paranoïa politiquement correcte de Rama Yade.
Etranges manœuvres autour du statut du fœtus et ces conséquences sur le droit à l'avortement.
Chasse hystérique aux sans-papiers.
Répressions dans les centres de rétention.
Peine plancher pour les récidivistes.
Procès contre les irresponsables.
J'en oublie forcément.
Et je passe sur les frasques de la vie privée, utile paravent,
les vacances aux frais des industriels,
et le tempérament colérique.
On aboutit quand même à un bilan de 9 mois de gouvernement pas très jobard.
Ainsi les élections se présentent mal.
Alors notre Président ressort la bonne vieille méthode,
celle qui l'a si bien servie : la peur,
la peur des "monstres" qui rôdent en liberté,
qu'on ne peut même pas zigouiller,
alors et qu'il faut enfermer n'importe où,
dans n'importe quelles conditions,
au mépris de toutes les lois occidentales.
Ah!
Mais voilà que le conseil constitutionnel met un bémol,
oui, juste un petit bémol, à cette loi.
Qu'a cela ne tienne!
Notre président se propose de le contourner de manière tout à fait inédite.
Alors bien sûr, ça le met en rogne,
il est à cran, perd les pédales,
et répond au premier contradicteur venu qui ne l'adule pas,
comme le premier zyva de banlieue venu.
Dur pour quelqu'un qui veut réhabiliter la politesse et l'éducation civique en classe
et se gargarise de "politique de civilisation"!
Bon vote Dimanche.
22 février 2008
Dogra Magra

Un jeune homme se réveille dans une pièce nue et vide.
Il est amnésique,
il ne sait où il se trouve,
ni son identité.
Il apparaît peu à peu qu’il se trouve dans une clinique psychiatrique,
entre les mains d’un étrange psychiatre
qui veut lui faire retrouver par lui-même son identité.
Il lui livre quelques clefs :
il aurait assassiné ou tenté d’assassiner sa fiancée,
elle même enfermée dans la "cellule" à côté de la sienne.
Kure - le jeune homme apprend que c'est ainsi qu'il se nommerait –
aurait été victime d’une certaine peinture chinoise vieille de 1000 ans,
peinture maudite, dont la contemplation rend fou tous les jeunes garçons de sa famille,
et les transforme en meurtriers somnambules de leur fiancée…
Cette histoire est-elle vraiment la sienne,
ou a-t-il subit un lavage de cerveau pour servir de cobaye à un duo de savants fous et manipulateurs ?
Ou bien encore,
le livre s’ouvrant et se fermant par le même son de cloche (« …… bôôôôô-nnnnnn…. »),
faut-il en déduire que tout ce texte n’est que l’étrange rêverie d’un instant,
né dans je ne sais quel cerveau malade ?…
« Dogra Magra » est un livre déconcertant,
un roman policier démesuré (803 pages bien tassées),
un labyrinthe de complexités où se perdent toutes les certitudes,
où les perspectives sont sans cesse renversées.
C'est un patchwork de toutes sortes de style,
où alternent récit fantastique, roman policier,
légende bouddhique, essai anti-psychiatrique...
le tout baigné dans une tonalité expressionniste,
qui peut faire penser aux films expressionnistes allemand des années 20
(« Le cabinet du Dr Caligari », "Nosferatu"…),
ou aux romans "gothiques" anglais,
ou encore à un certain romantisme allemand...
Tout en étant un tout à fait japonais,
ce roman opère la fusion de Bouddha, Poe, Freud, Borges, et Kafka,
et greffe la théorie du Karma bouddhique
(le poids de nos péchés nous poursuit de réincarnations en réincarnations),
sur la théorie psychanalytique freudienne de l’inconscient dans lequel jouerait à fond le couple éros-thanatos...
Yumeno Kyûsaku (1889 – 1936) est le fils d'un agitateur politique louche, mi-journaliste mi-exportateur de charbon.
Sa mère est répudiée par ses grands parents (?),
et son grand père lui fait donner dès trois ans de très précoces cours de théâtre nô.
De santé fragile, il est hospitalisé plusieurs fois dans sa jeunesse.
C'est aussi un passionné de dessin et de romans policiers anglais et américains qu'il lit dans la langue originale.
Après des études littéraires, il travaille comme ouvrier au plus bas de l'échelle sociale.
Puis devient moine Zen, pèlerin et itinérant.
Puis s'occupe de l'exploitation agricole de son père, complétant ses revenus avec des piges pour la Gazette de Kyushu.
C'est là qu'il fait paraître ses premiers textes : essais sur le nô, nouvelles et romans en feuilleton.
C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de Yumeno Kyûsaku, qui désigne dans le patois de Kyushu un rêveur, un être de peu de sérieux…
Il s'intéresse au surréalisme, à la psychanalyse,
Il mettra une dizaine d'année à écrire "Dogra Magra".
Publié en 1935, un an avant la mort de Yumeno, l'œuvre ne rencontre pas le succès.
Il n'est redécouvert que dans les années 1960,
et devient alors un véritable classique moderne au Japon.

Yumeno Kyûsaku
« Dogra Magra »
(traduction de Patrick Honoré)
Picquier Poche
802 pages
17 février 2008
L'accra de la richesse

Décidemment, les directeurs artistiques des magazines jeunesses,
ou des maisons d'éditions jeunesse,
aiment me confier des histoires relatives à l'Afrique,
ou, comme ici, aux Antilles.
Parfois on fait des images d'une certaine façon,
et c'est cela que l'on vous redemande sans cesse.
Bon, moi c'est l'Afrique et les africains...
pourquoi pas, après tout, ça me va très bien,
et, après tout je m'intéresse au jazz, aux sans-papiers
donc c'est assez cohérent....

Ici il s'agit, pour Hachette, d'illustrer un conte de Patrick Chamoiseau, le martiniquais.
Mais c'est une trame de conte que l'on rencontre partout, y compris en Russie.
Il s'agit de l'histoire d'un jeune homme dont la mère meure en ne lui laissant qu'un accra en guise de tout héritage.

Après pas mal de ruse, le jeune homme échange l'accra contre un coq,
puis le coq contre un boeuf...

Puis le boeuf contre un macchabé,
qu'il fait passer pour son frère endormi,
pour l'échanger finalement contre la fille d'un "homme à richesse"

Et voilà comment notre pauvre homme,
à la fin de ce conte immorale dans lequel ne prime que la mauvaise foi et le culot,
fini riche grâce à un seul acrra de mise initiale...
14 février 2008
blue valentines
Parce que c'est des choses qui arrivent et que Tom Waits les chantent très bien...

13 février 2008
Quelques vérités
Je les trouve très bien ces affiches du groupe RESF de Belleville.
Rien que des vérités brutes de décoffrage et qui frappe là où ça fait mal.
À méditer...



08 février 2008
Ciel de trane (II)
Grazie disait ici il y a quelques jours :
" Et puis peux-tu m'expliquer pourquoi tout le monde se revendique de Coltrane
(que je connais de nom et uniquement parce que Dorham en a parlé)?
Hier s'était Daniel Darcq alors que sa musique n'a rien à voir",
Je voulais te répondre, Grazie.
D'abord il faut l'écouter,
jouant ici "Impressions"
un morceau de sa composition,
avec son célèbre quartet,
Jimmy Garrison à la contrebasse,
Mc Coy Tyner au piano,
et l'ébouriffant monsieur Elvin Jones à la batterie.
J'ai appris l'existence de Coltrane il y a plus de quinze ans,
en découvrant le jazz à peu près tout seul,
en empruntant des disques dans les médiathèques,
sans guide, mais avec quelques impulsions à droite à gauche…
Petit à petit, alors que j'écoutais surtout du rock,
mes goûts se sont orientés vers le jazz.
Et la découverte de John Coltrane a été un sacré jalon, une giffle, une révélation.
J'ai aussi pu remarquer que l'œuvre de Coltrane est très largement, très souvent citée en exemple,
en exergue, en référence,
et ce en dehors même du champs du jazz.
Pourquoi, en effet, lui et pas Thelonious Monk ou Miles Davis, ou Charles Mingus, etc…?
C'est qu'il a poussé très loin une voie expérimentale en jazz,
avec son quartet que l'on voit dans la vidéo,
qui l'a suivi, comme en cordée, de 1960 à 1965.
Puis Trane à jouer avec d'autres (mais pour moi c'est plus pareil…),
jusqu'à sa mort, à quarante ans, en 1967, d'un cancer du foi...
Coltrane est sûrement un de ceux qui a fait passer le jazz de musique aimable pour club à cocktail
- ce qu'elle est toujours pour Boulez que j'entendais récemment à la radio! -
à une authentique expression contemporaine de la musique.
Car, partant du jazz, Coltrane à envoyer promener tous les codes,
toutes les conventions,
et à écrabouiller les conventions du genre,
comme un géant tempétueux,
ou un tourbillon incontrôlable.
À force d'un inlassable travail technique de son instrument,
et grâce à la puissance indomptable du bonhomme,
décuplée par la présence des membres de son quartet,
Coltrane à considérablement élargi le cadre rhytmique, harmonique, technique du jazz.
Comme un explorateur intrépide,
il a repousser sans cesse ses frontières,
faisant du jazz un musique-monde,
en intégrant entre autre la musique africaine ou indienne.
Coltrane étire ses solos, car il tient à tout dire,
tout exprimer des idées musicales qui se pressent en foule dans son esprit.
Au cours de ces longs solos tels des fleuves en crue,
Coltrane le derviche tend à jouer des"sheats of sounds" des "nappes de sons",
transes dionysiaque,
poèmes incantatoires,
emportant tout sur leur passage
poussant la musique jusqu'à la frontière du cri,
tout autant cri de jouissance,
que cri animal,
cri politique (à l'époque de Luther King, Malcolm X, et les black panthesr)
et cri lancé vers Dieu
ou plutôt tous les dieux, en mystique qu'il était
–"I believe in all religions" a-t-il dit –
En contraste, l'homme était timide, poli, discret, effacé,
tourné en dedans de lui-même
toujours studieux et soucieux d'améliorer sa technique.
C'est pourquoi, à mon avis, Coltrane reste une telle référence,
au delà même du jazz,
un synonyme de quête prométhéenne de nouveaux sons,
de défrichage de nouvelles frontières,
de dépassement de toutes les limitations,
et surtout les siennes propres,
pour garder son être toujours ouvert.
Comme le dit Vernon Reid :
"... Cela sautait aux yeux que ce type était dans une lutte intérieure permanente.
Il se battait avec une idée."
Ainsi Jimmy Hendrix était habité par Coltrane,
Et à fait pour la guitare ce que Coltrane à fait pour le sax.
Dans le rap aussi, son débit reste une référence quant au "flow",
etc…
Tu vois mieux, Grazie, peut-être, en quoi Coltrane intéresse Daniel Darc et pourquoi,
mais, comme toi, je trouve que ça n'a pas grand chose à voir...
04 février 2008
Mojo hand

Le texte récent de télétubs sur le blues,
http://extra-ball.blogspot.com/2008/01/blues-march.html
m'a donné envie de reparler d'un livre sur le blues que j'avais tant aimé
( j'en avais parlé sur le défunt forum Télérama).
"Mojo Hand" est l'unique roman de Jane Phillips,
écrivaine afro-américaine,
écrit en 1964, à l'âge de 20 ans, en prison...
ce qui est à peine croyable tant la maîtrise du style et du récit est éblouissant.
A présent Phillips dirige une revue ethno-littéraire.
C'est l'histoire quasi autobiographique
- JJ Phillips fut la compagne du bluesman Lightnin' Hopkins -
d'Eunice, une jeune femme "presque blanche",
saisie et comme envoûtée par la voix de Blacksnake,
un vieux chanteur et guitariste de blues.
Car Blacksnake est comme un Orphée noir,
oérant une étrange magie par le chant.
C'est ce que connote le terme de "mojo",
mot probablement d'origine africaine,
qui désigne, dans l'argot noir américain,
un sort, un charme, un grigri,
parfois filtre d'amour, mais parfois maléfice,
mais qui désigne parfois aussi la drogue, ou le sexe...
Eunice, attirée par la voix et les blues de Blacksnake,
qu'elle n'a entendue que sur disque,
quitte San Fransico et le confort de sa famille bourgeoise,
pour partir à sa recherche.
Elle débarquer ainsi à Raleigh,
un bled paumé et pourri , en pleine déréliction, du Sud des Etats-Unis.
Elle devient l'amante de Blacksnake, et partage sa vie,
ainsi que celle du peuple noir,
auquel elle n'appartient qu'à moitié,
faite de déglingue sociale,
de désespérance poisseuse,
d'alcoolisme et de violence.
Une vie lamentable dont on s’évade la nuit
en se soûlant de blues.
Un superbe travail sur la langue,
servi par une très belle traduction,
où la poésie frustre du blues
se confond avec les pensées des personnages.

"Mojo hands" de Jane Phillips
traduit et postfacé par Pierre Furlan,
L'aube Poche 230p.
En guise d'illustration musicale,
le célèbre "Got My Mojo Workin'" de Muddy Waters,
cité en tête du livre :

