141207
devoir de philo...
"Je est un autre"
Arthur Rimbaud

Je est-il un autre ?
Ce qui semble à priori le plus évident, c’est que « je » est « je », et pas un autre, que l’on est soi et pas un autre.
C’est ce qui constitue notre identité.
On né garçon ou fille, on reçoit un nom et un prénom, par lequel les autres nous appellent.
On a une date et un lieu de naissance, un numéro de sécurité sociale, un groupe sanguin, une adresse etc…
Freud, puis Dolto nous ont appris que, nourrisson, on a dû comprendre qu’il y avait soi et le monde, parce que n’étant plus alimenté en permanence par le cordon ombilical, il nous a fallu attendre le sein de la mère, et ainsi admettre que l’on dépend des soins d’un autre.
Ainsi s’est faite la séparation de « soi » et de « l’autre ».
Ensuite, bébé, on a appris à connaître et à délimiter notre propre corps.
Petit à petit on a appris notre langue maternelle, qui nous impose d’utiliser le « je » pour nous désigner, et d’utiliser le « il » ou le « vous » pour désigner les autres, le « tu » pour parler à l’autre, le « moi » pour parler de soi.
Enfin on nous montre des photos, qui nous représentent à un âge dont on ne garde plus de souvenirs, à 2 ou 3 mois, ou à 2 ou 3 ans.
Il y a toujours une drôle de sensation de regarder ces photos, et de se dire que celui qui est là est soi, alors qu'il n'a pas le même corps, (il a grandit, changé, et toutes les cellules du corps se renouvellent tous les (...?) ans), pas les mêmes pensée, les mêmes émotions, que l'on n'a presque plus de souvenirs de cette époque-là, et que, pourtant, force est de constater que cette "autre", c'est soi, que ce que l'on a vécu en étant cet "autre"(foetus, nourrisson, bébé...) a nourri notre façon de réagir, de penser, de ressentir, notre inconscient, bref notre être.
Ces photos et nos souvenirs attestent de la permanence, dans le temps, de notre identité, au travers et malgré les changements
(pour Hume, l’ « identité du moi » se fonde sur la mémoire).
En grandissant on apprend que l’ « autre » est aussi un « autrui » (alter huic en latin : « cet autre-ci »), mais pas un "alter-ego", c’est-à-dire un autre dans lequel on se reconnaît, non pas une autre chose, mais un autre individu humain, qui pense comme soi, qui ressent comme soi. Un autre qui est aussi un « je » pour lui-même...
Aussi, on ne doute pas, en général, que l’on est un individu (in-dividu, c'est à dire un-divisible), unique, avec sa personnalité et ce qui la constitue : ses goûts et ses dégoûts, ses tics, ses manies ses habitudes, ses défauts, ses doutes, et ses désirs.
On ne doute pas que l’on est autonome, que l’on fait ses propres choix, en fonction de ses propres désirs et de ses propres intérêts...
On pense que si l’on se ne connaît pas déjà, on peut du moins suivre le conseil de Socrate, et entreprendre de « se connaître soi-même ».
On sait ou l’on devine que notre identité résulte d’un mixage entre notre histoire, notre généalogie, notre évolution, la (ou les) culture (s) du (ou des) pays où l’on vit (où l’on a vécu) d’une part, et d’autre part ce petit quelque chose qui fait que l’on est unique et différent des autres.
Car on a fait le constat qu’autrui ne pense pas comme soi, ne réagit pas comme soi, ne se comporte pas comme soi, ne désir pas les mêmes choses que soi.
Pourtant, on fait parfois l’expérience que l’identité n’est pas aussi unie, aussi homogène qu’on le pensait.
Dans le bouddhisme, on dit que le "moi", "l'ego" est une illusion, que la personnalité, l'individualité est un mensonge qu'on se raconte à soi et les uns aux autres, que notre concentration sur le fait de tourner autour de nos supposés défauts, nos supposées qualités, nos supposés bonheurs ou malheurs, etc... nous empêche de voir la réalité, d'atteindre le nirvana, et ainsi échapper au cycle des renaissances.
Dans la compassion, dans la sympathie, (deux mots qui, étymologiquement, signifient la même chose) on souffre avec l’autre, ou plutôt avec autrui, on ressent à telle point sa souffrance qu’il nous semble la ressentir autant que lui.
Lors d’un grand événement sportif (coupe du monde 98…) musicale (Woodstock, Rolling Stones, Johnny…) ou encore politique (11 Septembre, 21 Avril 2002…) des foules ont la sensation de communier, de ressentir, ensemble et au même moment, les mêmes joies, les mêmes colères, les mêmes émotions.
Que fait un enfant lorsqu’il joue à Tarzan, à Batman, à Spiderman ?
Il imagine qu’il est un autre et s’oublie lui-même.
Il adopte les attitudes, la voix, etc... d’un personnage qui le fascine.
Le temps du jeu, il devient une autre personnalité, il s’identifie à un personnage fictif, à un autre.
C’est aussi ce que fait, mais avec plus de folie, Don Quichotte, qui a tellement lu de romans de chevalerie qu’il s’identifie aux héros de ces romans et se comportent comme eux.
De façon plus consciente c’est ce que fait l’acteur qui incarne sur scène ou à l’écran un personnage inventé par un autre.
Il feint d’être un autre.
Il prête à ce personnage sa voix, son corps
Plus simplement nous faisons parfois l’expérience de nous identifier le temps d’une lecture à un personnage de roman, le temps d’une projection au héros d’un film, le temps d’une représentation à un personnage de théâtre.
On peut aussi s’identifier à un chanteur ou à un groupe de musique, ou à un courant musical, et adopter le style, les habitudes, le « look » inventer par d’autre.
On modèle alors sa personnalité sur d’autres.
Les chamans pensent que ce sont les esprits des morts qui parlent à travers eux.
Le temps de la transe il devient un autre, un esprit.
Les grecs anciens pensaient eux qu’un dieu, Apollon ou Dionysos s’exprimait par la bouche du poète
(cf. « Ion » de Platon), que poète était habité par ces dieux, et qu’ils parlaient par sa bouche.
L’occident en a gardé l’idée que l’artiste est insipré, que quelque chose de plus grand que lui s’exprime à travers lui.
Il arrive, en effet, que l’artiste soit surpris par ce qu’il produit.
Que la création dépasse son créateur.
L’artiste, alors découvre des signes, des idées, des sons, qu’il ne savait pas avoir en lui.
Ainsi le saxophoniste jazz qui se lance dans son improvisation sort de lui-même des idées musicales qu’il ne connaissait pas l’instant d’avant.
En art, on peut ainsi découvrir de l’autre en soi.
C’est sans doute l’une des explications possible de la célèbre phrase de Rimbaud : « je est un autre ».
Cela signifie que l’on n’a pas une conscience complète de notre identité, qu’une grande partie de celle-ci nous reste obscure, cachée.
Cette part cachée, la psychanalyse l’appelle « inconscient ».
Stevenson a inventé dans « Dr Jekyll et Mr Hyde » un personnage, Dr Jekyll, coupé en deux, habité par un « autre », qui représente sa part obscure, Mr Hyde (« hide » : « caché » en anglais), son double violent et assassin.
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280607
Deleuze contre Wittgenstein
Deleuze m'enchante.
Voici une petite vidéo extraite de son "Abécédaire" en dialogue avec Claire Parnet.
C'est le Deleuze méchant, intraitable,
mais finalement rieur!


