210609
La tambouille vaudou d'Anthony Joseph & the Spasm Band
Ce billet s'inscrit dans un projet du désormais célèbre Z-band,
collectif à géométrie variable regroupant des bloggeurs timbrés de jazz.
Nous avons choisi de parler cette fois-ci des voix qui nous tiennent à coeur.
Cette édition pourrait avoir comme titre A CHOEUR et à VOIX.

Trinidad,
pas la ville du Belize, ni celle de Bolivie, ni celle de Cuba, ni celle de Colombie, ni celle du Paraguay, ni celle d'Uruguay, ni celle du Colorado, ni celle de Californie, et pas non plus celle du Texas, ni celle de l'île de Bohol aux Philippines…
Non, Trinidad la principale île de l'État des Caraïbes Trinidad & Tobago,
dans la mer des Antilles, en face du Venezuela.
Ancienne île-du-Vent sous colonisation britannique.
L'île est un melting pot de noirs, hindous, mulâtres, chinois, libanais, européens, sud-américains, plus quelques rares descendants des indiens Caraïbes, les fameux Arawaks.
Découvrez Anthony Joseph & The Spasm Band!
C'est là, à Trinidad, qu'est né Anthony Joseph, en 1966.
Ses parents, qui se sont rencontrés un jour de Carnaval,
ne tardent pas à se séparer,
alors que le petit Anthony a un an, à peine.
Il est alors confié à ses grands-parents,
qui l'éduquent d'une façon stricte et austère.
Pour s'échapper en lui-même, Anthony Joseph écoute beaucoup la radio,
et découvre avec délice James Brown, les Jackson 5, Jimmy Hendrix, Bob Marley, Fela,
et ces influences se sont mélangée avec la musique de la Trinidad,
musique des steel-drums de carnaval,
du calypso, et des autres rythmes caribéens.
En 1989, il part à Londres,
au cœur de l'ancienne puissance colonisatrice,
pour échapper à l'emprise rigoriste de ses grands-parents,
mais aussi avec le secret désir de devenir musicien.
S'il y est indéniablement parvenu,
Anthony Joseph se revendique pourtant surtout comme écrivain,
romancier, mais plus encore poète,
et aussi professeur de littérature.
Il est ainsi l'auteur de livres aux titres savoureux et alléchants,
tel ce roman de science fiction : “The African Origins Of UFOs”
- quelque chose comme "l'origine africaine des ovnis" (!) -
malheureusement pas encore traduit en français.
En tant que poète, Anthony Joseph s'inscrit, comme il le dit lui-même,
dans "une chaîne de griots",
dans cette tradition des hauts parleurs de la parole,
tradition qui part de l'Afrique,
puis passe par les preachers des grand-messes baptistes,
puis par la Soul Music de Gil Scott Heron et des les Last Poets,
le reggae de Linton Kwesi Johnson,
la poésie jazz d'Amiri Baraka,
et se prolonge dans le rap, le slam, le spoken word.
Comme ces derniers,
Joseph Anthony s'est créé son propre "sprachgesang",
son propre "parlé-chanté",
pour rythmer, scander, déclamer ses propres textes.
Parmi ses influences, il cite pèle mêle :
Allen Ginsberg, William Burroughs, Sun Ra, Roland Barthes, André Breton, Funkadelic, Gil Scott Heron, Charles Bukowski, Aime Cesaire, John Coltrane, Albert Ayler, Basquiat, Thelonious Monk, Amiri Baraka, LKJ, Fanon, Charles Mingus, Rashaan Roland Kirk, Foucault, James Brown…
Au milieu des années 90,
Anthony Joseph a agrége autour de lui le Spasm Band,
un trio basse+ percussions + saxophone,
avec lequel il grave son premier album « Llego de lion »,
et qui ne tarde pas à attirer l'attention.

À ce groupe de base, se sont ajoutés un guitariste et des percussionnistes,
et des invités qui ont apporté leur grain de sel :
le vibraphoniste électrique David Neerman,
le tromboniste Joe Bowie, fondateur du groupe Defunkt,
et le guitariste blue-funk bien connu Keziah Jones.
C'est ce groupe élargie qui a gravé "Bird-Head Son',
le deuxième album du groupe.
Anthony Joseph y chante Trinidad et sa jeunesse,
l'histoire de Vero, la diablesse vampirique,
la tendresse de sa grand-mère,
la rudesse de son grand-père,
les non-dits le séparant de son frère,
ou encore l’âme d’un ami retrouvé au milieu de la jungle…

La musique du Spasm Band, sur laquelle Anthony Joseph pose sa voix ,
est un incroyable mixage de musiques aux grands pouvoirs énergétique :
on y trouve des lignes de basse soul (Andrew John),
des percussions afro-caribéennes (Paul Zimmerman, L-R Paul Brett, Craig Tamlin),
un sax free-jazz tendance Pharaoh Sanders (Colin Webster ),
des contre-chants de guitare afro-beat (Christian Arcucci ),
l'ensemble se révélant être d'une miraculeuse cohérence,
génératrice de transes et de pulsations jubilatoires.
Comme le dit Anthony Joseph :
« J’aime à penser que nous jouons la bande-son d’un territoire
où toutes les diasporas noires se retrouvent ensemble.
L’Afrique, les Amériques et les Caraïbes en un son. »
Anthony Joseph & The Spasm Band
au London word Festival, Cargo, le 11 mars 2008,
jouent "Black Dada" de leur premier album "Leggo de Lion"
Pour aller plus loin, on peut consulter leur myspace,
les écouter sur Deezer,
et les voir sur You Tube.
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Voici les autres contributions du Z-Band sur A CHOEUR et à VOIX :
Jazz à Paris : Jazz Divas
Ptilou's blog : Elisabeth Kontomanou
Mysterio jazz : Jeanne Lee
Belette et Jazz : Musica Nuda
Maître Chronique : Kurt Elling
Z et le jazz : Betty Roche
Jazz O Centre : Patricia Barber
jazz frisson : Karen Young
150609
Groove et servitude volontaire, ou The Volunteered Slaves live au Sunset

Samedi 6 juin dernier,
j'étais au Sunset, le club de la rue des Lombards,
en compagnie de M. et Mme Dorham
- en excellente compagnie, donc -
pour le concert d'Olivier Temime & The Volunteered Slaves,
à l'occasion de la sortie de leur dernier - et excellent - album "Breakfast in Babylone".
Je n'avais pas oublié de me munir de mon petit carnet pour mes prises de vues.

On a assisté à une musique du feu de dieu,
un feu d'artifice de "tourneries" et de grooves,
mené par des pyromanes têtes-brûlés
qui se jettent à corps perdus dans le brasier de l'improvisation au lance-flamme.
Voyez comme je file habilement la métaphore embrasée.

En effet, ces allumés ont mis à feu des standards funk-jazz des 60's,
des morceaux de Marvin Gaye ou des Jackson 5,
de Herbie Hancock ou de Prince,
comme à leurs propres compositions.

Ces musiciens se connaissent bien à présent,
car ils jouent ensemble depuis longtemps.
Ces "Slaves" sont :
Jérôme Barde : bardophone
Emmanuel Duprey : fender rhodes
Akim Bournane : basse
Arnold Moueza : percussions
Julien Charlet : batterie
et Olivier Temine, le leader, le meneur, l'iroquois soufflant au sax tenor -.
Aussi ont-ils à présent un son d'ensemble solide et dense,
un "mur de son" philspectorien, qui frappe en pleine poire l'auditeur,
qui en est ravi, je vous prie de le croire!.
Jérome Barde et son légendaire "bardophone",
guitare bizaroïde, revue et corrigée par le guitariste même :
Julien Charlet à la batterie :

On peut voir aussi sur les croquis Akim Bournane,
à la basse et tout à l'arrière,
Arnold Moueza aux percussions derrière Temime.
En revanche, Emmanuel Duprey, au fender rhodes, était planqué par un poteau
- c'est petit le Sunset pour autant de musiciens! -.
Les Volonteered Slaves n'ont bien sûr pas manqué de clôturer leur set
- enfin, avant de très nombreux rappels -
par une version enflammée du "Volunteered Slavery" de Rashaan Roland Kirk,
relecture jazz de La Boétie,
à laquelle les Volonteered Slaves doivent leur nom.

Il y a une petite vidéo sur You Tube de ce concert.
Le son est le contraire de bon, mais la vidéo complète bien mes dessins.
Et on verra que je n'ai rien exagéré
...
en particulier concernant certains nez!
Parce qu'après on m'accuse, et tout...
040609
La diablesse
Juste un petit teasing,
une découverte du moment,
Anthony Joseph & the Spasm Band,
de la Trinidad,
qui interprètent "Véro (La Diablesse)",
à La Cigale, Paris, octobre 2008.
De la bombe.
Caraïbe carnaval,
poésie rap,
afro-beat,
funk,
& free-jazz mélé.
LA musique idéale, le cocktail idéal...
J'y reviens,
et je vous dirais tout,
le 21 juin,
dans le cadre du Z-Band.
Enjoy!
250509
So long Dorham
Dorham, le bloggeur, l'ami,
a fermé ses deux blogs,
les - pourtant - indispensables Extra-ball et Backstabber.
C'est peu de dire que cela me touche.
Pour saluer ce départ de la blogosphère comme il se doit,
pour lui tirer mon chapeau,
je voudrais lui offrir,
nous offrir à tous, en fait,
ce Dorham,
le vrai Dorham,
le Dorham original,
Kenny Dorham,
le trompettiste de génie,
auquel le second Dorham voue un culte,
bien sûr.
Et moi aussi d'ailleurs.
"KD" est capté ici en 1963, à Stockholm,
accompagné de Goran Lindberg au piano, Goran Peterson à la basse et Leif Wennerstron aux baguettes.
Des accompagnateurs locaux, quoi.
L'image est pourri, mais le son est bon.
Je lis Dorham (alias télétubs, alias tivitioub, alias tivi) depuis le forum Télérama
- ça fait une fameuse paye!... 2004 , si je ne me trompe -
et le compagnonnage de route a tourné à l'amitié,
par-delà le virtuel.
Une amitié qui m'est cher.
J'ai lu des milliers de pages de lui,
des pages étincelantes,
tour à tour, ou en même temps, lumineuses et sombres,
des pages qui boxent,
fiévreuse,
vivantes,
denses.
Dommage qu'il n'ai pas laissé son blog en "pause",
en "friche" en attendant...
qu'il n'ai pas laissé un mot avant de partir...
Mais la "traviatta-punk attitude" a des raisons que la raison ne connait pas...
Ses fans - et les autres - se consolent de le lire encore,
et de pouvoir échanger avec lui,
loin des blogs,
sur le forum Fabrique à brac...
210409
"Sauvage est la proximité du sacré"
"Sauvage est la proximité du sacré" a écrit Friedrich Hölderlin.
Voici John Coltrane, au saxophone ténor qui interprète "Vigil",
- ici juste un bref extrait, bien sûr, en plein au coeur de la transe -
au festival de Comblain-La-Tour (Belgique), le 1er Aout 1965
avec McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse,
et Elvin Jones à la batterie... tous tout proche du sacré.
150309
Lionel Loueke, ou la guitare maraboutée
Ce billet s'inscrit dans un projet du désormais célèbre Z-band,
collectif à géométrie variable regroupant des bloggeurs timbrés de jazz.
Nous avons choisi de parler cette fois-ci d'un guitariste de jazz qui nous tient à coeur.
Cette édition pourrait avoir comme titre "Cordes et âmes".

D'aucuns appellent ça des génies,
ces météores qui déboulent de nulle part,
ces étoiles filantes et étincelantes du jazz,
qui, à peine apparus, sont déjà à leur zénith,
ces fulgurants innovateurs à maturité ultra rapide.
(on pense à Jaco Pastorius, par exemple).
Lionel Loueke est de ceux-là.
Né en 1973 au Bénin, dans une famille à la fibre musicienne,
il tâte d'abord des percussions, puis se tourne vers la guitare,
imitant en cela son frère aîné, qui lui inculque les éléments de base.
Il croise alors le chemin du jazz,
et écoute avec délectation Wes Montgomery, Joe Pass, George Benson…
En 1990, il a 17 ans et part étudier au National Institute of Art à Abidjan, Cote d'Ivoire.
De 1994 à 1998, il est à l'American School of Modern Music de Paris.
De 1999 à 2000, il est à Boston, au Berklee College of Music.
En 2001, il passe une audition pour entrer à la Thelonious Monk Institute of Jazz, à Los Angeles.
Le jury comprend Herbie Hancock, Terence Blanchard et Wayne Shorter,
qui, abasourdis, l'accueillent à bras ouverts.
Découvrez Lionel Loueke!
En 2002, toujours étudiant à la Thelonious Monk Institute,
il commence à jouer et à enregistrer avec le trompettiste Terence Blanchard.
Suite à quoi le public averti commence à tendre l'oreille,
et le gotha du jazz à se l'arracher,
de Herbie Hancock à Avishai Cohen (le trompettiste),
de Jacques Schwartz Bart à Charlie Haden,
de Kenny Garrett à… Sting ou Angélique Kidjo.
Deux premiers enregistrements en leader paraissent en 2005,
"In A Trance", chez Space Time Records,
un ébouriffant disque en solo sans overdubs,
et "Gilfema", en trio, chez Obliq Sound,
avec le bassiste italien Massimo Biolcati et le batteur hongrois Ferenc Nemeth,
deux musiciens qui l'accompagnent encore à présent.
Pour ces deux disques, l’accueil est unanime : sidération éblouie!
Son troisième album, "Virgin Forest", paraît chez Obliq Sound en 2006 .
Outre Massimo Biolcati (contrebasse) et Ferenc Nemeth (batterie),
on y entend Gretchen Parlato (chant), Gregoire Maret (harmonica), Herbie Hancock
(piano)
et de nombreux percussionnistes africains, ainsi que Cyro Baptista.
Ce bel album à la beauté paisible mêle compositions originales,
et reprises des chants traditionnels ouest-africains.
« Karibu » sort en Mars 2008, chez Blue Note cette fois.
"Karibu" ne désigne pas le sympathique renne sauvage du Canada,
mais c'est un mot Swahili qui signifie « bienvenue ».
Loueke y invite Herbie Hancock et Wayne Shorter,
fort bienvenus - justement! - et qui font feu de tous bois.
On remarque aussi des standards, jusqu'ici absents de son répertoire,
comme "Naïma", "Skylark" ou "Body & soul".
Le trio Gilfema récidive en octobre 2008 avec "Gilfema+2", chez Obliq Sound,
mais que je n'ai pas eu l'heur d'écouter...
Lionel Loueke, c'est un monde musical littéralement inouïe.
C'est un musicien insolemment original et doué,
qui joue un jazz à la fois simple et complexe,
qui puise ses racines dans la musique ouest africaine,
mais dont les branches se déploient dans le jazz le plus contemporain.
Bien des jazzmen américains ont cherchés à retrouver leurs racines africaines
- Coltrane, Randy Weston, Archie Shepp, Pharaoh Sanders... -.
Mais peu de musiciens africains (mis à part en Afrique du sud),
ont su utilisés ces racines musicales pour les faire évolué en sens inverse,
vers un jazz novateur et exigeant.
Loueke est un orchestre à lui seul :
parfois sa guitare se déguise en sanza ou en kora,
puis – ou en même temps - c'est un tambour sur lequel il déploie mille rythmes.
Ou bien encore, sa guitare se déploie en machine à sons,
reliée qu'elle est à toutes sortes de pédales, de sampler, et de machines à boucles.
Mais malgré tout l'attirail électronique, et les pédales d'effets,
le son de Loueke reste toujours très acoustique, pur, boisé et cristallin,
car il n'est pas de l'école post-hendrixienne,
revendiquant un jazz de déluge sonore saturé d'électricité.
Enfin sa voix se tisse constamment à tous ces éléments,
inventant des chants et contre-chants,
des rythmes et des interjections…
Son jeu en trio est le déploiement somptueux de ce jeu en solo.
Ses compositions et ses improvisations font preuve d'un sens rythmique peu banal,
basées sur des métriques inusités,
qui regorgent d'accords aux enchaînements surprenants,
de dissonances très subtiles,
de constants déplacements harmoniques et mélodiques.
Aussi, il faudra continuer à tendre l'oreille à l'étrange musique de Mr Louke!
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Voici les autres contributions du Z-Band sur "Cordes et âmes" :
Backstabber écrit sur Adam Rodgers
Maitre chronique sur John Mc Laughlin
Jazz O centre sur John Scofield
Mysterio jazz sur Gabor Szabo
Ptilou's blog sur Mike Stern
Jipes Mood sur Charlie Hunter
Bien culturel sur Manu Codjia
Jazz Frissons : Kurt Rosenwinkel
Native Dancer sur Marc Ribot
Noctanbule jazz sur Barney Kessel
Z et le jazz, sur Eric Lhörer ,
et en plus il a fait une belle table des matières illustrée!
130209
ma drôle de Valentine
Miles Davis - My Funny Valentine 1964
envoyé par Yedi
Ah c'est beau "My Funny Valentine", ouai...
C'est romantique tout plein,
c'est tout doux, tout mignon.
N'empêche que si, comme moi,
vous aviez retourner Dailymotion et You Tube de fond en comble pour en trouver la meilleure version à offrir à votre belle,
en ce "valentine's day",
je crois bien que vous auriez comme moi une overdose de guimauve.
Richard Roger & Lorenz Hart ont écrit cette chanson en 1937 pour une quelconque comédie musicale de Broadway.
En 1952, elle est magistralement ressucitée en jazz par Chet Baker et Gerry Mulligan.
Après quoi tous le show-biz se rue dessus pour enregistrer son "My Funny Valentine",
et en font la bluette que l'on sait,
ouvrant les vannes d'un flot ravageur de mielleries douceâtres garanti pur trémolos.
Miles Davis et son quintet, à Milan en Octobre 1964,
opte pour une relecture radicale de "Valentine".
Fini les trémolos,
cassée la belle mélodie,
décapée la joliesse,
basta la sentimentalité facile.
En Picasso du jazz,
Miles peint au couteau acéré,
et pratique la déconstruction créatrice.
De même que Picasso a chamboulé "Les Ménines" ou "Le déjeuner sur l'herbe",
Miles bouleverse "My Funny Valentine",
la renverse cul par dessus tête,
n'en garde que la structure,
les grandes lignes,
la courbure rhytmique,
le contour harmonique.
et s'en sert comme d'un tremplin à improvisation.
À la trompette,
il peint d'abord une série de variation sur "My Funny Valentine",
série impeccable,
irrévocable,
nette et sans bavure,
sans rien de trop.
Au cordeau.
Les autres membres du groupes prennent le relais.
Wayne Shorter s'avance, saxophone tenor au bec,
pour raconter une étrange histoire lunaire,
pleine de songe et d'échappée,
une histoire qui s'emballe et qui s'envole,
part en tous sens comme une volée de moineaux,
déployant un discours ne racontant plus que de loin l'histoire de Valentine...
Pendant ce temps, Miles tournant comme un lion en cage,
glisse une vanne en douce à son batteur,
et arpente les arrières de sa formation,
comme un Pablo-Minotaure son antre à peinture.
Herbie Hancock enchaîne au piano quelques idées succintes et furtives
comme des idées qu'il garderait par devers lui.
Miles conclu,
pose la touche finale au chef d'oeuvre,
cependant que Ron Carter doux géant - dans tous les sens du mot - de la contrebasse
et Tony Williams jeune lion de la batterie,
font silence,
et laisse les dernière volute de "Valentine" s'échapper dans les airs...
Puis ils enchainent sur "Footprints", mais c'est une autre histoire...
020209
Liberté, j'écris ton nom
Un moment de grâce en ce bas monde si peu vivable.
La rencontre de deux grand musiciens.
Michel Portal, un peuple à lui tout seul,
clarinettiste, basse-clarinettiste, bandonéiste,
dans le jazz, le classique, le contemporain...
Bernard Lubat, un peuple à lui tout seul aussi,
batteur, vibraphoniste, pianiste, agitateur,
dans le jazz et la musique contemporaine,
(des-)organisateur de festival,
trublion professionnel,
poil à gratté clowno-lacanien par vocation
(on ne sait quoi vient d'éclater et de lui laisser un bidule verdâtre dans les cheveux...)
L'un très introverti, l'autre très extraverti.
Tous deux basquo-gascon.
Tous deux bardés de diplômes de conservatoires.
Tous deux ont participé à l'explosion free-jazz en France à la fin des années 60.
Ici ils partent tous les deux dans une improvisation totale,
à partir d'un accord et d'un pulsation,
et développent à partir de là un discours,
ou plutôt une navigation,
un itinéraire,
un voyage,
avec des envols et des atterrissages,
des montées et des descentes,
des envolées et des chutes,
des tourbillons et des eaux calmes,
le tout avec de faux airs de tango (la faute au bandonéon?).
Et entre ces deux compagnons de cordées,
une grande écoute,
un immense respect,
un grand sens de l'équilibre et du risque.
Sport qui a tendance a se pratiquer trop peu en ce moment...
161208
Vitesse d'Ahmad Jamal
La classe, d'Ahmad Jamal c'est exactement cela :
une certaine vitesse de pensée,
la rapidité de la sensibilité,
l'élégance suprême du jeu,
le swing puissant,
irrésistible et ultra léger.
L'art du funambule, en somme.
L'art du break,
de la surprise,
de la relance,
de la respiration.
"De l'espace",
comme disait Miles Davis, envieux, à son à propos.
Plus tenu que Errol Garner,
moins fiévreux que Bud Powell,
plus virtuose que Monk,
moins funky qu'Horace Silver,
clair comme de l'eau de roche,
c'est Amad Jamal.
Essayez, un peu, de ne pas taper du pied, pour voir...
impossible, hein?
Un magnifique travail d'orfèvre du batteur Vernell Fournier,
fait à la main et à la baguette,
qui déploie un admirable système de relance et de ponctuation du jeu de Jamal,
un modèle d'économie de moyens.
Modèle dans lequel s"inscrit efficacement Israel Crosby à la contrebasse.
Tout ce petit monde joue un standard, "Darn That Dream",
ballade prise ici sur un tempo allègre et vif.
Dans le public,
clope au bec et coiffé d'un adorable petit chapeau, Ben Webster ,
saxophoniste associé à Duke Ellington,
opine du chef,
mais sent passer le vent du boulet...
Derrière Vernell Fournier,
sourit - mais un peu jaune - Jo Jones
batteur associé à Count Basie .
On sent même une envie de meurtre traverser ses yeux tout à la fin...
Il y a sans doute d'autres jazzmen aussi,
mais que je n'identifie pas...
Un chef d'oeuvre déguisé en ritournelle inoffensive.
À écouter encore, et encore, et encore...
Et être heureux.
021208
Martin Jacobsen, en ondes concentiques

C'était Samedi 29 novembre dernier,
dans un médiathèque parisienne du 12ème arrondissement,
le concert du saxophoniste danois Martin Jacobsen, en trio,
accompagné de Jean-Pierre Rebillard à la contrebasse et Serge Merlaud à la guitare.

Ce fut un beau moment.
Pas un de ceux qui bouleversent l'histoire du jazz en une bataille d'Hernani monstre,
mais un de ceux qui propage la beauté, l'équilibre, la sérénité et le courage,
en ondes vibratoires et concentriques.
C'est déjà pas mal.
C'est déjà beaucoup.
C'est déjà énorme.
C'est essentiel.

Au menus des agapes, des standards de bon aloi et roboratifs :
des "Body and Soul" moelleux à souhait,
des "Waves" carlosjobinien plein de sensualité solaire,
un très beau "Star eyes" parkerien qui faisait ressortir son essence latino-cubaine.
Ainsi que quelques compositions adaptées du folklore danois.
Les compagnons de route de Jacobsen se montrent à la hauteur, avec de belles intervention en guitare solos - à la Jim Hall ou Doug Raney - toutes en lignes aériens,
et un beau travail du bassiste, résumant à lui seul la section rhytmique, privé qu'il était du support du batteur et du pianiste.
En sus, de sa part, de beaux solos, doublés d'un chantonnement allègre.
Martin Jacobsen est né en 1967, à Copenhague, comme tant de danois.
Pendant les années 90, il joue avec des tas de gens au Danemark.
Depuis 1995 il vit à Paris, où il a joué avec un peu tout le monde :
Doug Raney, Niels-Henning Ørsted Pedersen, Michel
Grailler, Antonio Farao, Alain
Jean-Marie, Pierre de Bethmann, Laurent
Coq, Frank Avitabile, Philippe Soirat...
Jacobsen revendique l'influence du John Coltrane de 1956-58,
du John Coltrane de chez Prestige... il est de plus mauvaise fréquentations!
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il en a prit de la graine et que ça s'entend.
Pour entendre du Martin Jacobsen en vrai CLIQUEZ ICI.
J'en connais certains qui se sont fait porter pâles - et qui en plus l'étaient -
qui devraient s'en mordre les doigts...

Qui plus est, et ça n'est pas rien,
ce fut le premier concert de jazz pour mon fiston.
La baptème du feu.


