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"Nanos gigantum humeris insidentes"
- "Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants
" -
disait Fulbert de Chartres (960 – 1028).

L'image vient de la mythologie grecque,
dans lequel le géant Cedalion porta Orion - aveugle - sur ses épaules.
Pour faire Zeus sait quoi...

Jean de Salisbury, qui a rapporté la citation de Fulbert de Chartres,
la développe et la commente dans son "Metalogicon III" :
"Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloignées que n’en voyaient ces derniers. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu'eux, non parce que notre vue est plus aigüe ou notre taille plus haute, mais parce qu'ils nous portent en l'air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque.

La phrase a beaucoup voyagé,
et a été reprise par Isaïa di Trani, Didacus Stella,
Richard Burton (in "The Anatomy of Melancholy"), etc...

Isaac Newton l'a repiquée :
"Pigmaei gigantum humeris impositi plusquam ipsi gigantes vident " en latin,
"If I have seen further it is by standing on the shoulders of Giants", en anglais.
Sur quoi Coleridge ironise :
"The dwarf sees farther than the giant,
when he has the giant's shoulder to mount on.
"
Eh oui, encore faut-il avoir un géant sous la main,
sacré Coleridge!

Blaise Pascal, dans les "Pensées",
se sert de l'idée dans le cadre de la querelle des Anciens et des Moderne:
"... parce que, (les Anciens) s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux.
C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir.
Notre vue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'ils pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux.
"


Victor Hugo reprend l'image dans "l'Homme qui rit" :
" Un nain a d'excellent moyens d'être plus haut qu'un géant, c'est de se jucher sur ses épaules"..

Oasis, enfin, le groupe, pas le soda,
a baptisé un de ses album "Standing on the shoulder of Giants".

Pourtant Sénèque semble d'un avis complétement contraire qui écrit dans une lettre à Lucilius (LXXVI) :
«
Un nain est toujours petit, eût-il une montagne pour piédestal".
Allez comprendre...

Tout ce baratin érudit - et sans intérêt -
pour présenter ce crayonné destiné au numéro de novembre du journal POPI (Bayard Presse).
C'est un petit bricolage qui fait qu'en découpant la page (selon les pointillés),
le petit garçon-chat devient un géant sur les épaules de son papa-chat...

C'est ce dispositif qui m'a fait pensé à la célèbre citation.
Et c'est en cherchant l'origine exact de la citation (que je croyais de Hugo)
que j'ai déroulé tout le fil de la pelote.

Je présenterais ici sous peu les mises en couleurs de ces images.