l'ivre d'image

Une fenêtre ouverte sur l'atelier de François Roudot, illustrateur, sur son travail en cours, sur ses projets de dessins et d'histoires, sur ses livres et ses disques préférés...

02 juillet 2008

Henri Texier Strada Sextet (Jazz un jour d'été II)

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Suite de du concert du 21 Juin dernier au Parc Floral,
concert au cours duquel j'ai crayonné pour vous!

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La "furia" de Jef Lee Johnson retomba après un rappel tout bref mais tout beau.

C'était alors au tour du bassiste Henri Texier de monter sur scène avec son Strada Sextet,
composé de son fils Sébastien Texier à la clarinette, clarinette-alto et saxophone alto,
de François Corneloup au saxophone baryton,
de Gueorgui Kornazov au trombone,
de Manu Codjia à la guitare électrique,
et de Christophe Marguet à la batterie.

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Texier me fait imanquablement pensé à un autre bassiste et leader de groupe : Charles Mingus.
Comme lui, il met sur pied des orchestres copieux de jeunes turcs qui n'ont pas froid au yeux,
et comme lui, il leur fait jouer des compositions de son crue de toute beauté.

Comme Mingus, on dirait qu'il conduit son orchestre comme un bolide,
qu'il n'hésite pas à appuyer sur le champignon,
à prendre les virages en épingle à cheveux,
à faire vrombir le moteur,
à faire crisser les pneus,
à déraper...

Comme ici dans "Ô Africa",
morceau avec son Strada Sextet,
paru sur le disque "Water Alert"en 2006,
et où François Corneloup dépote sacrément!:

boomp3.com

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Tandis que les jeunes loups de son orchestres - tous ont 20 ou 30 ans de moins que lui! - se démènent comme des beaux diables,
faisant rugir leur solos dans des embardées free échevelées,
Henri Texier reste calme, assis sur un tabouret,
l'oeil goguenard parfois, comme qui à fait une bonne blague.

comme une sorte de Bouddha serein au milieu des convulsions du monde.

Henri Texier contrebassiste n'est pas qu'un "meneur de danse",
qui assoit le tempo, le rythme, et propulse les solistes,
c'est aussi un des rares contrbassistes qui font littéralement "chanter" leur instrument,
un peu à la manière d'une kora africaine...
Aussi ses solos sont incroyablement passionnants.

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Mais la Musique de Texier n'est point toujours furieuse et convulsive.
Il n'a pas son pareil pour écrire aussi des composition douces,
des ballades en apesanteurs,
des petits "airs" plus légers,
mais riche d'un grand sens mélodique et harmonique...

Témoin ce "Reggae d'eau" toujours sur "Water Alert" :

boomp3.com

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On peut voir le groupe au Duc des Lombards .
C'est tout à fait - en condensé - le genre de set qu'ils ont fait au parc Floral...

Il Faut aussi VOIR les musiciens!

(Un petit mot pour les lecteurs du L'ivre d'Images qui ne sont pas forcément fous de jazz :
j'en ai pas mal parlé ces temps derniers pour différentes raisons,
mais là je vais faire une pose, rassurez vous!)

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28 juin 2008

Silence radio

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Le nom de ma rubrique, "fuite de jazz", n'a jamais aussi bien porté son nom...

On apprend avec tristesse le renvoi de France Musique de quatre personnalités majeures du jazz en France :
Claude Carriere, Jean Delmas, Philippe Carles et Alain Gerber.

La raison invoquée est le dépassement d'âge...

En fait l'âge n'a rien à voir là-dedans,
en quoi est-ce un argument valable?

En fait ils ne produisaient pas des émissions de promo,
d'actualité culturelle, de bla-bla...
Au contraire, ils faisaient des émissions de passionnés, d'érudits,
de coupeurs de cheveux en quatre,
et de découvreurs de trésors...

Comme si on pouvait encore supporter ça en 2008!

Des émissions de jazz, en plus, pensez donc!
cette musique rétive à la normalisation, à la massification, à la standardisation, à la starification,
toutes "qualités" nécessaires pour entrer dans la commercialisation culturelle mondiale.

Bref, on supprime donc là des émissions indispensables à la connaissance et la diffusion du jazz...

On peut - que dis-je, on doit! -
envoyer un email de soutien à : initiales@martinepalme.com
en indiquant dans l'objet "petition France Musique"
et ses nom et profession dans le corps de l'email.

D'avance merci.


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23 juin 2008

Jef Lee Johnson Trio (Jazz un jour d'été/ épisode 1)

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C'était Samedi dernier 21 juin.
J'étais au Parc Floral de Paris en famille,
il s'est trouvé que ma fin d'après midi s'est trouvée libérée,
il s'est trouvé qu'il y avait le Paris Jazz Festival,
il s'est trouvé que ça aller juste commencer,
alors, ben... j'y suis allé!

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En première partie du concert : Jef Lee Johnson trio.
Jef Lee Johnson est un guitariste.
Son trio se compose d'un bassiste à dread-locks,
et d'un batteur à casquette.

Johnson est un guitariste qu'on pourrait dire hendrixien,
déployant tout un arsenal de larsen, feedback, distorions...
Mais ce serait alors un Hendrix post-George W. Bush,
ayant perdu tous sens de l'utopie ou simple foi en l'avenir,
qui joue et chante un blues post-industriel chargé de colère parfois,
ou de morne mélancolie.

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En effet, Jef Lee johnson martèle un blues distordu,
au son saturé d'électricité, déstructuré, sale et déglingué,
ce qui n'exclut pas beaucoup de raffinement.
De la finesse dans le chaos,
comme dans un Picasso sonore,
d'une beauté pas jolie du tout.

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Certes, le public souffre!
Surtout celui du parc Floral,
souvent composés de paisible retraités qui viennent passer là un bout d'après midi paisible,
histoire de digérer le repas de midi...

À côté de moi les spectateurs sont à la peine,
mais prennent leur mal en patience et attendent que ça passe.
Mais pas question d'applaudir cet escroc! Quand même!!

Peut-être se demande-t-il pourquoi je tape du pied et dodeline de la tête en dessinant.

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oui, la musique de Jef Lee Johnson se mérite.
Debout sans trop bouger et arborant un air un peu désolé,
pas aimable pour un sous,
il semble chercher à tâton un chemin dans sa musique.
L'expression à parfois du mal à sortir,
les solos sont des méandres qui se cherchent une forme,
tandis que bassiste et batteur martèlent un groove lourd, pesant, implacable.

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Qu'on ne s'y trompe pas!
Moi j'adore ça, et je respecte infiniment Jef Lee Johnson.

Pour se faire une idée plus précise de sa musique, cliquez!.

(Bientôt la seconde partie du concert : Henri Texier & Strada Sextet...)

Posté par roudot francois à 22:49 - fuite de jazz - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 juin 2008

Esbjörn Svensson coule à pic

Je déteste les nécrologies.

Il faudrait toujours parler des musiciens quand il sont vivants,
pleinement vivants et pleinement créatifs.

Il y a les vieux, les très vieux musiciens :
on sent bien que Sonny Rollins ou Charles Lloyd vont nous claquer dans les doigts dans pas bien longtemps...

Mais Esbjörn Svenson, franchement...

Ce pianiste suédois super doué avait 44 ans.
Il est mort lundi d'un débile accident de plongée, non loin de Stockholm.

Il est essentiellement le créateur du Esbjörn Svensson Trio
- appelé plus souvent sous l'acronyme de E.S.T.-
avec le bassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Ostrom.

C'est un trio bien repésentatif du jazz de ces 10 dernières années,
un jazz décomplexé, presque,
qui ne craint pas de fleurter avec le rock, l'electro ou la pop,
qui n'a pas peur de la popularité et du grand public,
qui ne postule pas à tous coups une supériorité de la marge,
du groupuscule ou de l'underground.

Du rock, E.S.T. récupère l'énergie, les mélodies accrocheuses pour l'oreille,
et un certain sens du bidouillage électronique du son,
et du jazz, il garde l'exigence harmonique et rythmique,
et le rôle centrale de l'improvisation.

Ici ils interprètent "Serenade for the Renegade",
au festival de Jazz de Juan les Pins en juillet 2003.

On peut éventuellement regretter, parfois, une certaine complaisance à l'industrie du Show-bizz,
avec l'album "Viaticum"...
(je n'aime pas quand dans les nécrologies on ne peut plus exprimer aucune réserve sur le défunt...)
Mais pour l'essentiel il s'agissait d'un trio passionnant,
riche d'une extraordinaire potentialité.

Potentialité qui a sombrée lundi, au large de Stockholm...

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05 juin 2008

Le vaillant capitaine Coeur de Boeuf

Sans (beaucoup) de commentaires...

Le Capt'ain Beefheart & Magic Band est une figure méconnue,
un inclassable radical.

De son nom de baptème Don Van Vliet (né en 41 en Californie),
Captain Beefheart est une apparition météorique et étrange du rock,
comme une sorte d'excroissance mal controlée, une incongruauté...
On le résume souvent en disant que c'était un compagnon de route de Franck Zappa.
Mais ça n'est pas que cela, c'est un bluesman étrange,
et un compositeur pas banal, servi par une voix.... unique!

Par voie de conséquence, il n'a jamais fait de hit.
Mais c'est le genre de trucs que j'ai envie d'écouter en ce moment.

Il est ici lancé dans un blues sale difforme et crapuleux,
lors d'unconcert sur la plage de Cannes en 1968 - malheureusement tronqué...-
endroit inatendu pour ce californien de Capt'ain Beeheart...
Dommage qu'il ai passé tant de temps à bousiller son organisme par l'absorption de substances et de champignons toutes plus bizarre les une que les autres.

Il a d'ailleurs passé les dernières années à peindre plus qu'à ne jouer,
des peintures d'ailleurs pas mal du tout à mon goût...

crepe

(L'occasion aussi de signalé la disparition récente de Bo Diddley,
autre bluesman,
dont il était question il y a peu ici...)

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23 mai 2008

Jaco Pastorius, un tourbillon.

Là ça ne se voit pas,
mais le jeune type qui a un béret basque,
et qui ressemble à un Léonardo Di Capprio complétement déjanté,
était un génie de la basse électrique en jazz,
un virtuose indépassable de cet instrument,
et le compositeur de plusieurs thème fameux et fascinants,
ce type, donc, c'est Jaco Pastorius.

Pastorius a eu une existence tourbillonnante de génie précoce,
qui a joué tout jeune avec d'immenses musiciens,
à connu une gloire mondiale foudroyante à 25 ans au sein du groupe jazz-rock Weather Reaport,
a brulé sa vie par les deux bouts,
trop consommé de tout en même temps.
Aussi est-il devenu ingérable, insupportable, invivable pour son entourage,
ses concerts sont devenu très inégaux,
des failles psychologique sont apparues.
Et Pastorius a sombré dans la toxicomanie,
menant une vie clochardesque et erratique,
ne se produisant plus que rarement..

Il est mort à 36 ans, en 1987,
des suites d'une baggare avec un videur de boîte de nuit
qui lui refusait l'entrée de l'établissement...

L'harmoniciste, c'est tout autre chose, c'est même le contraire.
C'est Toots Thielemans, un belge débonnaire et blagueur,
de 30 ans l'ainé de Pastorius.
C'est un immense artiste aussi, un prodigieux musicien,
qui a joué avec Billie Holliday ou Bennie Goodman aux Etats-Unis dans les années 40,
et qui a ensuite mener une carrière aussi bien dans le jazz que dans la variété.
C'est le type même du musicien à l'aise dans toutes les situations,
tous les registres,
mêtant partout son grain de sel avec justesse et intégrité.

Ce qu'ils nous font là, dans une émission télé belge de 1985,
deux ans avant la mort de Pastorius,
en improvisant sur "3 views of a secret", un très beau thème de Pastorius,
ce n'est pas un duo comique, même si on pourrait presque le croire!
- dieu sait ce que Pastorius s'est injecté ou ingurgité...-

C'est un dialogue de haut vol où circule des courant d'énergies de très grande intensité,
un exercice de haute voltige, de jonglage acrobatique sans filets,
avec lâcher-prise émotionnel qui laisse pantois.

Leurs visages est un spectacle à lui tout seul ou se lit leur estime mutuelle,
et où éclatent leur génie rieur, modeste, et splendide!


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07 mai 2008

Jimmy jouait free

giuffre

J'ai appris par le camarade Z
(http://zetlejazz.canalblog.com/archives/2008/04/28/8985293.html)
la mort d'un bien passionnant et curieux jazzman,
Jimmy Giuffre,
le 24 Avril dernier à 86 ans.

Giuffre (prononcer "djioufri" d'où mon jeu de mot en titre)
est tout sauf très connu.

Quand on veut dire quelque chose,
on dit qu'il est l'auteur d'un thème célèbre, populaire en son temps,
"Four brothers" :


On dit aussi qu'il était pluri-insrumentiste,
jouant aussi bien de la clarinette, de la flûte, du saxophone.

On dit enfin qu'il était l'un des principaux représentant du style "West Coast" ou "Cool".

Dans les années 1950,
il travaille sur des expérimentations en petites formations atypiques,
des quartets ou trios sans piano,
mais avec trombone ou guitare.

Il enregistre alors des compositions ciselées,
d'étonnante miniatures usant de l'art du contrepoint
et dans lesquels le soliste s'efface au profit de l'interaction à égalité de tous les musiciens
- un peu comme dans le trio de Bill Evans à l'époque, OU chez Ornette Colman -.

Ainsi ce "Two Kinds of blues" avec Jim Hall (guitare) et Ralph Pena (contrebasse) :

En 1961, il forme un trio avec le pianiste Paul Bley et le bassiste Steve Swallow,
qui élabore une musique unique, très innovante et personnel,
une sorte de free-jazz très cérébral,
pas du tout furibard ou débridé,
mais très élégant, subtil et sophistiqué,
toujours tiré à quatre épingles.
une sorte de musique classique contemporaine improvisée,
marqué par un grand sens de la forme et de l'abstraction,
qui a énormément malqré le jazz contemporain européen.
C'était l'un des premiers trio sans batterie,
Ce qui redéfinissait l'espace sonore du jazz…

Steve Swallow a raconté comment le groupe a décider de se dissoudre une nuit,
après un concert dans un café New-Yorkais où ils avaint gagné 35 cents chacun...

Mais ce trio s'est reformé en 1989,
retrouvant la magie de leur musique des années 60,
comme dans ce "Conversation with a goose",
tiré de l'album du même nom,
chez Soul Note :

boomp3.com

Dans les années 1970,
il s'interesse à la musique orientale et à la musique électronique,
et enregistre dans ce sens.
C'est une partie de son oeuvre dont j'ignore tout...

C'est clair, la musique exigente et difficile de Giuffre est difficile à commercialise,
et c'est en enseignant qu'il subsisté dans les années 60/70.

La musique de Guiffre et ses conceptions du jazz,
cette sorte de musique classique contemporaine improvisée,
marqué par un grand sens de la forme et de l'abstraction,
a énormément marqué le jazz contemporain européen,
particulièrement les musiciens qui ont préféré le terme "musique improvisée" à celui de "jazz",
genre dont il apparaît comme une sorte de "père"...

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19 avril 2008

Il faut croire au printemps

youmust

Si la beauté et la perfection existaient en ce bas-monde,
elles pourraient ressemblait à ça, j'imagine.

"You Must Believe in Spring", l'album et le morceau de Bill Evans,
ont été enregistrés en août 1977 en trio avec Eddie Gomez (basse) et Eliot Zigmund (batterie).
C'est la reprise d'une composition de Michel Legrand pour "Les Demoiselles de Rochefort".

Tout l'album est marqué par la perte et le deuil.
Bill Evans y joue "We Will Meet Again (For Harry)"
en hommage à son frère aîné décédé Harry,
frère auquel il était très attaché,
frère pianiste classique raté,
qui aurait du réussir, qui aurait du percer,
à la place de Bill qui s'est senti coupable d'avoir utilisé sa connaissance de la musique russe et française (Debussy, Fauré, Ravel, Scriabine, Rackhmaninov...),
pour l'introduire dans le jazz et connaître ainsi la célébrité..

"B Minor Waltz (For Ellaine)" est dédié à son amante qui s'est suicidée quelques années avant.

C'est encore le dernier disque avec le bassiste Eddie Gomez,
qui a si bien accompagné Evans pendant dix ans.

Enfin c'est un disque posthume qui n'est paru qu'en 1981,
après le décès de Bill Evans le 15 septembre 1980, à 51 ans,
des suites d'une hémorragie interne après une hépatite mal soignée,
le corps épuisé par une trop longue addiction à la drogue (héroïne et cocaïne).

Bill Evans imprime à la composition de Michel Legrand une immense mélancolie,
mais aussi un lyrisme qui emporte tout.

À l'écouter, on sent qu'on peut y croire, qu'il faut y croire,
qu'un jour, c'est sûr, le printemps reviendra,
et la chaleur et la lumière nous tireront des tènèbres de la mélancolie.

(blog en pause pendant une semaine... on se retrouve Lundi 28 Avril...)

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14 avril 2008

Sauvage, efficace et beau comme un riff de blues sur une guitare saturée


Bo Diddley
envoyé par avajra

C'est le cortège de Dionysos qui passe.

Des filles hystérique hurlent et trépigne
devant un noir à guitare
sur laquelle il joue un riff (motif)
obstinément répété et ressassé.

C'est sauvage et hypnotique.

À ses côtés, un groupe de bacchantes ondulent.
L'une d'elle est aussi armée d'une guitare.

Un tambourinaire officie à l'arrière.

Les guitare sont reliées aux amplis par des sortes de cordons ombilicaux.

C'est quoi?
Du blues? du rock'n'roll? du rythmn' and blues? du funk?
ou un rituel zoulou, papou, zazou?

C'est à la confluence de tout ça.

C'est Bo Diddley.
C'est une musique qui vient de Chicago
avec un crochet par l'Afrique
et la brousse aux spectres et aux esprits des ancêtres.

Bo Diddley est le pseudonyme de Ellas Otha Bates McDaniel,
né en 1928 dans le Mississipi.

La légende veut que ces petits camarades lui disait :
toi tu ressembles tellement à un Bo Diddley qu'on va t'appeler comme ça.
Mais il n'a jamais su, au fond, ce qu'est un Bo Diddley...

En réalité le "diddley" est une sorte d'instrument à cordes bricolé par les noirs
pour jouer un blues primitif.

Ici il joue "Hey Bo Diddley" et "Bo Diddley"
(il a écrit des tas de morceaux où il se met en scène).

Bo Diddley est assez méconnu, au fond,
pourtant, les Stones, par exemple,
n'ont jamais vraiment fait mieux,
non?

Bo Diddley est très important pour moi.
C'est le premeir concert que j'ai été voir,
vers 14, 15 ans.
Ce bougre-là, que j'écoutais déjà avec ferveur,
passait à la fête du PCF du patelin de Normandie ou j'habitais...

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28 mars 2008

Du charme discret et troublant de Patty Waters

PATTYWATERS3

Patty Waters...
autant l'avouer tout de suite,
je ne sais pratiquement rien d'elle…

Je ne suis pas le seul, d'ailleurs.

L'essentiel de ce que j'en sais viens du disque ci-dessus,
croisé dans une médiathèque (comme souvent!).
C'était un CD avec une assez belle photo :
"You Thrill me / a musical Odyssey (1960 - 1979)" (Water records 137).

Je ne suis pas fan à priori du soit disant genre "Jazz vocal".
Diana Krall, Nora Jones, Patricia Barber, Lisa Ekdhal...
je m'en passe très bien.
Par contre j'ai un gros faible pour Jeanne Lee, Billie Holliday, Nina Simone ou Susanne Abbuehl.
Au niveau de perfection de ces dernières,
on n'est plus dans la "chanson", toute "jazzy" qu'elle se prétende,
mais dans la musique pure, au cœur même de l'essence du jazz.

Donc, ce CD, j'ai eu envie de voir de quoi il retournait.

Pour vivre heureux vivons curieux!

Et bien ce disque m'a sonné!!
K.O. debout le Doudou!

Le disque est composé de démos, de prises rejetées, de morceaux inédits,
que Patty Waters possédait chez elle.
Curieusement il s'ouvre sur un jingle de pub pour la "Jax Beer",
chanté par la belle, d'un intérêt, disons, limité…

Mais aussitôt après, on est dans complétement autre chose.
On se retrouve projeté dans une autre dimension,
dans des ballades murmurées au bord du gouffre,
des "Georgia on my mind" à couper le souffle,
des "Fine and mellow étranglé de larmes,
des "Lover man" à tomber à genoux,
auxquels s'ajoute des compositions originales de Waters - texte et musique -
et sur lesquels elle s'accompagne elle-même au piano.

Bien souvent elle ne finit pas les morceaux,
ne va pas jusqu'au bout de la prise car l'émotion est trop grande,
et la belle se retrouve avec la voix brisée.

Coeurs sensibles s'abstenir!

Et en plus elle joue super bien du piano!
"Touched by Rodin in à Paris museum", en piano solo,
est une méditation,
un moment de poésie qui ferait fondre le plus endurci des imbéciles.
Moi-même, tenez,
qui n'en suis pourtant pas un (je me flatte de le penser),
j'en ai les larmes aux yeux!

Tant de beauté, non, c'est trop!

PattyWaters2

Mais qui est Patty Waters, alors?

Un visage d'abord, beau visage, qui évoque un peu Janis Joplin.
Elle est née "dans les années 40", du côté de l'Iowa…
Il paraît qu'elle a surtout écouté Billie Holliday,
qu'elle était l'une des chanteuse préférée de Miles Davis et de Patti Smith;
On lit qu'elle était une artiste "mythique" des sixties…

"Patty Waters sings", son premier album, sort chez ESP en 1965,
label militant du free le plus radical des 60's.
Ce serait Albert Ayler Ayler lui même qui l'aurait présenté au patron d'ESP.
L'album s'ouvre sur des ballades intimiste, minimaliste et rêveuse,
tel le "Moon don't come out tonight" ci dessus,
et se ferme par un "Black is the color of my true love’s hair" de légende,
furieusement free, qui oscille entre chuchotement et hurlement…
Ce n'est pas ce que je préfère,
mais le voici, pour se faire une idée plus complète de sa démarche :

Puis, en 1966 sort "College tour", un album live, paru sur ESP également.

Puis.. plus rien.
Vers 1968/69, Patty Waters "disparaît" en Californie.

En fait elle fuit la violence de New-York envahit par la dope.

Pendant trente ans on n'entends plus parler d'elle,
même si des rumeurs rapportent qu'elle joue ici ou là sur la côte Ouest…

En1996, sort un nouvel abum, "Love songs",
en duo avec la pianiste Jessica Williams, sur label Jazz Focus
En 2004 le "You Thrill me" dont je parle.
Et en 2005 "Happiness Is a Thing Called Joe: Live in San Francisco 2002 " (chez DBK Works)
(Je viens de la commander sur le net...).

Tous les morceaux que je connais d'elle sont des merveilles de délicatesse,
d'émotion, de sensibilité à fleur de peau, de musicalité,
des miniatures fascinantes et bouleversante.
Intensité émotionnelle,
mépris de la virtuosité et du "glamour",
mais grande projection de l'émotion...
tout y est admirable et intemporelle.

La beauté dans sa forme la plus chimiquement pure.

Posté par roudot francois à 21:20 - fuite de jazz - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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